« Rainer »

Une vie de résistance

En août dernier, elle avait fêté son centenaire. Ce qui l’intéressait surtout, c’était de pouvoir célébrer les 8o ans de la libération de Paris, dont elle conservait un vif souvenir. Madeleine Riffaud avait souvent croisé la mort : enfant dans la Somme, quand une vieille bombe avait tué deux de ses camarades ; résistante en 1944, torturée par la Gestapo ; sans compter ses rencontres avec la fièvre typhoïde, la tuberculose, ses reportages en zones de guerre…

Elle avait survécu pour raconter.

À travers des poésies, des livres, des articles. Amie de Picasso, Éluard, Vercors, elle fut journaliste, notamment pour L’Humanité, couvrant des grèves en France, l’application des accords de Genève au Vietnam en 1954, ou la guerre en Algérie — l’OAS l’avait condamnée à mort. En France, elle avait ensuite travaillé comme aide-soignante pour mieux dénoncer les mauvaises conditions de travail du personnel des hôpitaux publics.

En 1994, elle qui refusait jusque-là d’évoquer la Deuxième Guerre mondiale se laisse convaincre d’en parler par Raymond Aubrac. « Rainer » — son nom de résistante — se met à témoigner.

Depuis 2021, elle signait avec Jean-David Morvan et Dominique Bertail une formidable BD au long cours, Madeleine, résistante (éd. Dupuis). « On l’a ou on ne l’a pas, disait-elle de l’esprit de résistance. Moi je l’ai, mais ça ne fait pas de moi une héroïne. » Et pourtant… Le troisième album de la série montre notamment comment elle avait été, à 19 ans, capturée après avoir abattu un sous-officier allemand, puis torturée par les miliciens français et la Gestapo.

D’un de ses bourreaux, qui la forçait à observer d’autres personnes se faire torturer, elle affirmait qu’il avait « déclenché quelque chose en [elle] ». « J’ai pensé : « Ah oui ! tu veux que je regarde, eh bien je vais le faire, et tout retenir, le moindre détail. Et si j’ai la chance de m’en sortir, je raconterai tout. »»

Avec elle, une voix essentielle s’est éteinte.


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