Aucun démocrate, aucun authentique républicain ne peut banaliser ni relativiser les récents propos de membres du gouvernement mettant directement en cause le corpus du droit démocratique et républicain.
Il y a urgence à construire un barrage populaire pour empêcher pareil désastre qui s’avance par glissades réactionnaires, régulières et permanentes, jusqu’à faire système contre-révolutionnaire.
Nous venons de franchir un palier décisif dans cette pente funeste : « l’État de droit n’est pas intangible, ni sacré » à oser le ministre ultra-réactionnaire de l’Intérieur M. Retailleau.
Alors que les locataires des palais et les médias dominants s’amusent à jouer aux agences de notation, décrétant à leur bon vouloir qui est autorisé à intégrer le fameux « arc républicain », il est utile de s’arrêter un instant sur les pensées et objectifs du ministre.
Il ne répète pas seulement le programme de l’extrême droite comme le soulignent, sourire aux lèvres, les acolytes de Mme Le Pen. Il le valide, le nourrit et prépare la grande bascule politique et idéologique.
M. Retailleau était en compétition avec le triste Ciotti lors de primaire pour la direction du parti « les Républicains ». Leur opposition n’est que de façade. Tous deux avec leur parti construisent le pont de la fusion et la fission des droites qui nous mènent aux égouts où se meurt la république. […] C’est désormais dans les ministères régaliens que l’antihumanisme prend ses aises et que l’universalisme républicain est bazardé.
Le silence sur ces forfaitures doit donc être brisé.
Sacré ? L’État de droit n’est pas une sorte d’accord flou que l’on pourrait négocier au gré des circonstances et des gouvernements. Celui-ci n’en a encore moins la légitimité qu’un autre, puisque le parti de ce sinistre ministre n’a recueilli qu’à peine 7 % des voix aux dernières élections. De surcroît, l’utilisation du mot “sacré” dans la bouche de M. Retailleau prêterait à sourire si son propos n’était pas aussi grave, lui qui regrette sans doute que l’Église soit séparée de l’État depuis 1905 et que la Loi de séparation soit partie intégrante du corpus républicain de l’État de droit.
Pas intangible ? Il suffit que des pouvoirs exécutifs qui se succèdent depuis plusieurs quinquennats fassent croire qu’ils n’ont pour souci que la protection des citoyens afin de rogner toujours plus les libertés au prétexte que « le droit » entraverait cette protection.
Confrontée à la commission des lois de l’Assemblée nationale le 2 octobre, le ministre n’a pas pondéré ce propos contrairement à ce qu’affirment les embrouilleurs d’idées qui peuplent certains studios de télévision et de radio, puisqu’il a précisé : « j’ai simplement dit qu’il fallait déplacer le curseur dans l’État de droit comme nous l’avons fait au moment du terrorisme et du Covid ». On avait donc bien compris sa pensée profonde. Ce n’est pas une pondération. C’est au contraire une confirmation parce que le ministre de l’Intérieur cite les régimes d’exception comme justification d’une altération permanente des principes de l’État de droit, ouvrant donc la porte à tous les arbitraires et à toutes les dérives autoritaires.
Car, qu’y a-t-il derrière ce fameux « État de droit » ? Il s’agit uniquement du respect des droits fondamentaux et du contrôle que les citoyens peuvent exercer pour les faire respecter. Droits qui sont inscrits dans le marbre de grands textes : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et le Préambule de la Constitution de 1946, dans des textes internationaux et européens. Le contrôle citoyen sur l’action de l’État est rendu possible par l’exercice de libertés comme celle de la presse, la liberté d’expression ou d’association, et l’indépendance de la justice. Autant de libertés ou de garantie des libertés attaquées dans tous les régimes autoritaires.
Extrait de la lettre du 09/10/2024. Patrick Le Hyaric
Je ne suis pas aussi catégorique car notre droit est plein de contradictions et d’ambiguités parfois même contradictoire avec la constitution