Précarité des séniors 

Pour 2 millions de nos ainés ce n’est que leur quotidien.

L’image du baby-boomer nanti, ayant pu accumuler un petit patrimoine durant sa vie active et profitant d’une retraite confortable à du plomb dans l’aile.
Si le taux de pauvreté dans la population générale est globalement stable depuis une décennie, autour de 14 %, la proportion des plus de 60 ans disposant de ressources inférieures à 60 % du revenu médian (le seuil de pauvreté, soit 1 216 € mensuel pour une personne seule) a sensiblement augmenté.
Entre 2012 et 2022, le taux de personnes en situation de pauvreté de 75 ans et plus est passé de 8,4 % à 11,5 %.

Et si on regarde les 60-74 ans, le constat est encore plus frappant : leur taux de pauvreté a quasiment doublé en 10 ans, passant de 5,4 % en 2012 à 10,6 % en 2022.
« La situation a commencé à se dégrader en 2018 et s’est aggravée avec la crise sanitaire en 2022 et la crise inflationniste que l’on traverse encore aujourd’hui », détaille Quentin Llewellyn, directeur de l’étude CSA, inclue dans le rapport de l’association Petits frères des pauvres (PFP), intitulé « Vivre sous le seuil de pauvreté quand on a 60 ans et plus ».
Au total, 2 millions de personnes âgées (dont 62 % de femmes) sont concernées, soit 3 % de la population. Et la pauvreté touche 19 % des personnes de plus de 60 ans qui vivent seules.

La privation

Concrètement ce manque de ressources se traduit par des privations, dont 69 % des personnes interrogées témoignent : pas de sortie au restaurant, pas de vacances, des déplacements restreints. Le renoncement aux soins est aussi monnaie courante puisqu’une personne âgée pauvre sur dix indique ne pas avoir de complémentaire santé, une part qui double chez ceux qui touchent moins de 750 € par mois.

Un quart des plus de 60 ans vivant sous le seuil de pauvreté ne peuvent chauffer leur logement et 17 % d’entre eux sautent des repas.

Chantal, 68 ans, dunkerquoise qui touche 1 100 euros par mois de retraite, « dont la moitié passe dans le loyer ». Elle a travaillé jusqu’à 50 ans comme secrétaire médicale avant un burn-out, dont elle n’a jamais pu se relever.

Jean-Claude, 71 ans, logé dans une pension de famille à Marseille, peut en témoigner : « Je touche 1 000 euros par mois : je ne m’habille pas, je ne fais pas de sorties, je ne vais pas au resto, je ne vais pas au cinéma. Je ne mange pas correctement », confit-il, conscient des conséquences sur son corps déjà éprouvé par un cancer. Très seul, il rêve d’avoir une « bonne amie », mais « si j’en avais une, avec quoi je la nourrirais ? », soupire-t-il.

À 98 ans, Jeannette vit seule dans sa maison d’Escrennes, dans le Loiret. Sa maigre retraite lui permet juste de payer les aides à domicile. Elle n’a pas les moyens de faire réparer le toit de sa bâtisse, sans salle de bains, achetée en 1949. « Quand il pleut, l’eau arrive dans ma chambre », constate celle qui pourtant, n’imagine pas quitter son « chez-elle ».

L’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) – minimum vieillesse – plafonne ainsi à 1 012 €, soit 200 € de moins que le seuil de pauvreté. Mais le non-accès aux droits reste le gros point noir.

Plus d’une personne âgée sur deux ne bénéficie d’aucune aide (le taux de non-recours à l’Aspa est de 50 %). En cause, le manque d’information, la complexité des démarches et le défaut d’accueil physique dans les services publics (dématérialisés), alors que près de trois quarts des personnes âgées en situation de pauvreté ne maîtrisent pas les outils numériques.

Retourner travailler

C’est le cas d’Elisabeth. À 68 ans, cette Parisienne, qui ne s’en sortait pas avec ses 900 euros de retraite, a donc recherché un boulot. Cinq jours par semaine, elle assure la sécurité des enfants la sortie des écoles en tant qu’agent de traversée scolaire. Elle n’est pas un cas isolé : 22 % des personnes pauvres de plus de 60 ans travaillent, contre seulement 11 % pour l’ensemble de cette tranche d’âge.

« Ce rapport est une alerte mais aussi un appel à l’action politique pour une société plus juste où chacun a le droit de vieillir dans la dignité », indique Anne Géneau. Parmi les pistes évoquées pour augmenter le niveau de vie des plus âgés, PFP demande la revalorisation du minimum vieillesse au moins au niveau du seuil de pauvreté et son indexation sur ce minimum. Pour lever un frein au non-recours, l’association prône également la suppression de la récupération sur les successions des sommes versées aux allocataires.


Eugénie Barbezat. L’Humanité. Source (Extraits)


5 réflexions sur “Précarité des séniors 

  1. bernarddominik 01/10/2024 / 8h30

    Nous ne sommes pas dans une société communiste où chacun reçoit suivant ses besoins et participe suivant sa capacité.
    Notre société est individualiste et chacun est responsable de son destin.
    A lui de choisir une formation puis un métier qui lui assure la vie dont le confort dépendra de son travail, mais aussi sa retraite. J’ai maintes fois discuté avec des jeunes leur expliquant que la retraite se prépare à 20 ans, et la réponse est très variables. Certains se constituent un petit capital immobilier ou en actions, certains disent : soit on vera plus tard, soit que de toute façon plus rien ne fonctionnera, et donc préparent tout simplement leur future précarité.
    Je suis toujours étonné par ceux qui choisissent des formations qui sont des impasses en termes de métier et qui disent  » c’est ce qui me plaît « . Je connais 2 archéologues de métier qui vivent de petits boulots espérant toujours trouver le trésor de Toutankhamon sous quelques pierres de leur ville. Notre société, pour se donner la bonne conscience du pays des droits de l’homme a créé des minima vitaux qui permettent de survivre sans plus, mais c’est une loi de la nature, sans accumulation, on survit, c’est l’accumulation de capital qui permet de vivre et non survivre.
    Ainsi les peuples anciens qui vivaient des ressources immédiates de la nature, chasse cueillette, ne faisaient que survivre. Dans notre société chacun à son destin en main, et il n’est pas facile quand on est jeune et plein de vie de se restreindre pour préparer son avenir. Certes parfois les parents y subviennent, mais compter sur soi est encore la meilleure école de la vie.

    • raannemari 01/10/2024 / 13h06

      Mais bien sûr, yaka ! C’est de leur faute ! Ils n’avaient qu’à…

      Les inégalités abyssales dans nos sociétés individualistes sont une honte pour des pays se prétendants civilisés.

  2. anne35blog 01/10/2024 / 8h44

    Ma petite retraite (970’€) passe essentiellement dans la nourriture,

    Je ne me chauffe plus !

    • Libres jugements 01/10/2024 / 10h45

      Merci pour ce complément d’information, Anne.
      Hélas bien trop de Françaises et Français sont dans le même cas.
      Dans le même temps les reportages notamment le dimanche sur TF1, nous voyons combien de personnes bien nanties financièrement, étaler leurs richesses comme des trophées.
      Mais au-delà de cette vitrine la réalité quotidienne est tout autre et dans notre département de l’Ardèche — et nous ne sommes pas les seuls — sur l’ensemble des ardéchois près de la moitié sont en état de précarité.
      Amitiés. Michel

  3. Danielle ROLLAT 07/10/2024 / 22h18

    Nous sommes bien loin des principes de solidarité du gouvernement de la Libération, qui a permis
    -les Ordonnances sur la Sécurité Sociale (« chacun cotise selon ses moyens, mais reçoit selon ses besoins »..),
    -de la Protection maternelle et Infantile, réduite aujourd’hui à peau de chagrin.. le CG 92 ferme les consultations..,
    – je pense aussi au statut des fonctionnaires, bien malmené aujourd’hui,, avec la remise en cause du statut des PTT, des Cheminots, la téléphonie, EDF ..et les menaces de la réforme tellement contestée,
    – l’Ecole… la Retraite…
    – les fermetures d’hôpitaux, mais pas touche au secteur privé…
    – le logement, les hausses scandaleuses des carburants, des tarifs EDF et Gaz et ce n’est pas fini..
    – je n’oublie pas les avancées de Maitre Badinter et de Madame Simone Veil…
    Pitié pour nos enfants, petits enfants : quelle solidarité demain ??

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