Ça chauffe entre Paris et Tel-Aviv

Échaudée par les récents tirs israéliens à l’encontre des Casques bleus au Liban, la France hausse le ton. Mercredi [16/10/2024], le gouvernement français a décidé d’interdire à des entreprises israéliennes d’exposer leurs matériels lors du salon de défense navale Euronaval début novembre près de Paris.

La France avait déjà adopté une position similaire, fin mai, à l’occasion du salon Eurosatory de défense. Israël a ainsi accusé Emmanuel Macron de faire « honte » à son pays. Cette décision « aide les ennemis d’Israël en temps de guerre », a renchéri Yoav Gallant, le ministre israélien de la Défense, estimant que l’État français « a adopté et applique une politique hostile envers » Israël.

« Créé par une décision de l’ONU »

Un écho à peine voilé à la phrase d’Emmanuel Macron extraite du huis clos du conseil des ministres lundi, et qui avait déjà mis le feu aux poudres la veille. « Monsieur Netanyahou ne doit pas oublier que son pays a été créé par une décision de l’ONU. »

Ces propos du chef de l’État ont pris des proportions énormes dans le contexte explosif du Proche-Orient, où Israël, après l’attaque sanglante du Hamas le 7 octobre 2023, a multiplié les fronts, notamment sur la bande de Gaza et dans le sud Liban.

Les réactions du côté hébreu ne se sont pas fait attendre. « Un rappel au président de la France : ce n’est pas la résolution de l’ONU quia établi l’État d’Israël, mais plutôt la victoire obtenue dans la guerre d’indépendance avec le sang de combattants héroïques, dont beaucoup étaient des survivants de l’Holocauste – notamment du régime de Vichy en France », a ainsi réagi à vif le chef du gouvernement israélien, Benjamin Netanyahou.

« Laisser penser que la création de l’État d’Israël est le fruit d’une décision politique de l’ONU, c’est méconnaître l’histoire centenaire du sionisme », a déclaré, de son côté, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi.

Pourtant, c’est bien une décision de l’ONU sur le partage de la Palestine qui a permis officiellement à l’État d’Israël d’être reconnu par une bonne partie du monde.

La « décision » invoquée par Emmanuel Macron est la résolution 181 adoptée en novembre 1947 par l’Assemblée générale des Nations unies, prévoyant le partage de la Palestine en un État juif et un État arabe.

Ce plan de partage, rejeté par les Palestiniens et les pays arabes, et la proclamation de l’État d’Israël le 14 mai 1948, ont été les déclencheurs de la guerre israélo-arabe de 1948-1949. Une guerre lors de laquelle Israël, soutenu par l’URSS, a éteint la rébellion de plusieurs pays arabes et étendu le territoire que l’ONU lui avait accordé. Benjamin Netanyahou s’accommode donc des dates quand il évoque « la victoire obtenue dans la guerre d’indépendance ».

Un mouvement qui remonte au XIXe siècle

Cependant, il serait réducteur de dire qu’Israël existe par la seule volonté de l’ONU.

Dès le XIXe siècle, sous le coup des persécutions en Europe et en Russie, les Juifs étaient à la recherche d’un « foyer national ». C’est comme ça qu’est né le mouvement sioniste. Une partie d’entre eux ont commencé à émigrer en Palestine, considérée comme leur Terre sainte. Mais c’est surtout au XXe siècle et particulièrement après la Seconde Guerre mondiale, que cette émigration s’est accélérée.


Article signé des initiales M.L.D. le Dauphiné Libéré. 16/10/2024


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