Assistants parlementaires…

… notamment les parlementaires européens RN : pourquoi sont-ils interpellés par la justice.

Cherchez à contacter un député européen et, à moins d’avoir son numéro de portable, vous tomberez sur l’un de ses assistants parlementaires. Ce sont eux qui décrochent le téléphone du bureau, et ouvrent et répondent au très abondant courrier adressé à l’élu. Ils gèrent son agenda, préparent ses déplacements, assurent sa communication.

Et ce n’est pas tout, loin de là. Chaque député européen est affecté en moyenne à deux commissions parlementaires (agriculture, affaires étrangères, budget, environnement…), et ses assistants fournissent un important travail de fond sur cette activité, coeur du mandat parlementaire : veille, réunions, rédaction d’amendements… le tout en concertation avec l’élu.

« Le travail législatif européen est basé sur le compromis. Aucun groupe politique n’a de majorité absolue, donc il faut négocier. Tout ce travail technique, les assistants à l’Assemblée nationale française ne le font pas, raison pour laquelle les députés nationaux n’ont souvent qu’un seul assistant à Paris », compare A., assistant depuis plus de 10 ans à Bruxelles et Strasbourg.

Des assistants parfois militants

Lui-même est militant politique, « comme beaucoup d’assistants, parce qu’il faut une convergence d’idées avec notre élu ». Mais il ne rend service à son parti que « le soir et le week-end », conformément au règlement. « Nous sommes moins politisés que les assistants à l’Assemblée nationale. Dans certains groupes politiques, ceux qui sont aussi militants sont même minoritaires, -raconte B., une assistante parlementaire tout aussi expérimentée. La plupart des assistants sont des techniciens des rouages européens, diplômés du Collège d’Europe, de Sciences Po… » « Voire ingénieurs agronomes, anciens syndicalistes, juristes… », ajoute A..

Au début de chaque mandature, les nouveaux élus s’arrachent les assistants les plus compétents.

Mais, qu’il ait envie de travailler ou non, tout eurodéputé est tenu de respecter les règles du Parlement. Elles sont précises : un assistant ne doit effectuer que des tâches qui sont « directement liées à l’exercice du mandat » européen, et rien qui concerne un autre mandat, des besoins privés ou des campagnes électorales.
Tant qu’ils ne recrutent pas de membres de leur famille, les élus choisissent « librement » leurs assistants.

C’est le Parlement qui les rémunère, dans la limite d’une enveloppe qui permet d’embaucher environ 5 collaborateurs. Le Parlement précise noir sur blanc que le statut d’assistant ne peut couvrir des emplois au sein de groupes ou partis politiques. En outre, tout député doit être en mesure de fournir au Parlement des preuves du travail de ses assistants. Le procès qui commence s’intéressera en grande partie à ces preuves de travail.


Anne Camille Beckelinck. Le Dauphiné Libéré.30/09/2024

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Selon Marine Le Pen,
la procédure judiciaire européenne
à son encontre est d’abord un procès politique.

À partir de ce lundi, Marine Le Pen ne sera pas face à ses électeurs mais face aux juges du tribunal correctionnel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires. Depuis des mois, elle prépare ce rendez-vous judiciaire, redouté dans son camp, pour en faire une tribune politique.

Marine Le Pen est prête. Depuis des mois, elle se prépare à son principal défi : faire face à ses juges du tribunal correctionnel, durant deux mois, trois demi-journées par semaine, à Paris dans l’affaire dite des assistants parlementaires européens.

Le « système » en cause

Elle ne se défilera pas, ne fera pas profil bas. Ce n’est pas son genre.

Avocate de formation, l’ancienne présidente du Front national devenu Rassemblement national sait qu’elle risque gros car les accusations sont sévères. Le plus dur pour elle serait une peine d’inéligibilité. Le pire pour la triple candidate à la présidentielle.

La meilleure défense en politique, c’est souvent l’attaque. C’est donc la stratégie de Marine Le Pen : faire de ce procès une tribune politique. « Il ne fait aucun doute que Marine Le Pen va utiliser son procès comme un élément de communication, développant le récit d’un RN ostracisé, poursuivi par un « système » qui veut tout mettre en oeuvre pour l’empêcher d’exercer le pouvoir. Le thème des 11 millions d’électeurs non respectés par ce « système » sera abondamment utilisé », développe le politologue Bruno Cautrès.

« Alors.même que le RN veut enfoncer le clou sur le thème de sa crédibilité gouvernementale, venir à la barre de la justice n’est pas optimal et cet argumentaire des 11 millions d’électeurs non respectés permet d’englober cet épisodejudiciaire dans un récit global qui vise à atténuer l’effet de cet épisode dans l’opinion », poursuit le chercheur à Sciences Po Paris.

Dénoncer un procès politique permet aussi de gommer le juridique, très lourd. Sur le fond, Marie Le Pen estime qu’un assistant parlementaire est aussi un militant politique, pas seulement un employé payé par un élu. « L’assistant parlementaire peut donc, en même temps, travailler pour son député et exercer diverses tâches pour le parti politique auquel il adhère, à titre bénévole », affirme-t-elle, quelques jours avant le début du procès. Elle dénie donc toute infraction et donc tout emploi fictif.

Les adversaires du RN savourent d’avance les images de Marine Le Pen arrivant au palais de justice. « Les éléments contre elle sont accablants. On va la voir sur le banc des accusés et ce n’est pas glorieux «, analyse un jeune député socialiste qui veut croire que l’aura de Marine Le Pen va en pâtir.

Au tribunal et en meeting

Un autre, plus ancien, analyse la relative clémence du RN vis-à-vis du gouvernement Barnier, qu’il pourrait ne pas censurer à l’issue 4,e la déclaration de politique générale, comme très tactique. « Marine Le Pen est formée à l’ancienne.

Elle se montre respectueuse des institutions et pense que l’État a une influence sur la justice. Jusqu’à la fin de son procès, elle ne censurera pas le gouvernement », dit ce socialiste capé.

La période de ce procès est ambivalente pour le RN. Le parti à la flamme a eu des succès électoraux indéniables mais se heurte toujours au front républicain. Ce procès, même assumé comme une bataille politique, n’est pas une bonne nouvelle pour lui. Le RN va donc multiplier ses efforts ces prochaines semaines pour apparaître incontournable au Parlement. « Rien, ne peut se faire sans nous. Nous occupons une place centrale », répète Jordan Bardella, le président du parti, qui ne sera pas sur le banc des prévenus.

Au siège, il met le parti en ordre de bataille pour les échéances électorales à venir, les prochaines législatives voire une présidentielle anticipée. Dès le week-end prochain, le RN organise un grand meeting à Nice : une façon de placer au second plan, en apparence, les ennuis judiciaires.


Nathalie Mauret. Le Dauphiné. 30/09/2024


2 réflexions sur “Assistants parlementaires…

  1. bernarddominik 02/10/2024 / 13h46

    Le RN est loin d’être le seul, c’est bien un procès politique.

    • Libres jugements 02/10/2024 / 16h00

      Une telle affirmation merite la citation des « bénéficiaires » et expliquer que seul le FN-RN est passible de justice.

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