Croitre

Après une matinée pareille, on revient de loin.

Je voudrais croître comme l’arbre qui se tient debout dans la cour près de chez moi. Mais pour l’instant, j’ai la flemme.
Demain, peut-être, je concentrerai mes efforts pour déployer ces ailes qui me servent de bras et m’étendre au-dessus des gens que j’aime. Je leur ferai un peu d’ombre salvatrice pour les heures de midi où la chaleur brûle.
Je leur ferai une suspension pour la balançoire des enfants qu’ils auront bientôt, je leur ferai quelques blagues quand même pour qu’ils pensent à moi d’une belle manière.

Pour le moment, j’ai la flemme.
Je me repose sans devoir m’expliquer, c’est bien ainsi ; j’explore à petits pas les recoins de cette pelote de laine qui me fait face. Je prends le temps de lui parler — je lui dessine un sourire, que personne ne me prenne pour une dingue. Et nous continuons de converser elle et moi.
Demain, je grandirai comme l’arbre dans la cour.


Arthur Teboul. Recueil : « L’Adresse ». Éd. Seghers


Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.