Dans le monde dangereux où nous vivons, il convient de ne pas commettre d’erreur sur la grille de lecture.
Le risque est bien sûr de se tromper d’adversaire, de surestimer ou sous-estimer les menaces ou, pire encore, de favoriser des prophéties autoréalisatrices, provoquer ce qu’on veut justement éviter.
Il en va ainsi d’un concept repris de plus en plus souvent dans les commentaires : un nouvel « axe du Mal » réunissant la Russie, la Chine, la Corée du Nord et l’Iran. Sur le papier, c’est tentant : l’Iran et la Corée du Nord fournissent des drones et des munitions à la Russie pour sa guerre en Ukraine ; la Chine soutient Poutine sans trop prendre de risques ; elle assure depuis longtemps à la Corée du Nord l’approvisionnement qui la maintient à flot, et achète le pétrole de l’Iran en dépit des sanctions. Les liens entre ces quatre pays sont multiples, et en grande partie liés à leurs machines de guerre.
Mais est-ce pour autant un « axe », voire une alliance comme le suggère ce mot évoquant le lien entre Allemagne, Japon et Italie pendant la Seconde Guerre mondiale ? Chine, Russie, Iran et Corée du Nord ont le même adversaire : l’Amérique, un Occident trop longtemps dominant ; et donc une même envie de renverser la table de l’ordre mondial. En l’absence d’idéologie commune, c’est le « ciment » de leur rapprochement — mais cela suffit-il à en faire un « bloc » cohérent ? A y regarder de plus près, les failles sont multiples : la Chine est engagée de plain-pied dans la mondialisation économique.
Contrairement à ses partenaires de l’« axe », elle a besoin d’exporter sa production industrielle — la Russie et l’Iran n’écoulent que des hydrocarbures, la Corée du Nord est presque autarcique. La Russie s’est lancée dans une guerre d’agression dans laquelle elle est empêtrée, une imprudence vue de Pékin qui agit plus sournoisement en mer de Chine méridionale, en évitant la confrontation. L’Iran et la Corée du Nord sont des États parias qui ont depuis longtemps renoncé à la respectabilité diplomatique.
Les considérer comme un bloc cohérent ne peut que renforcer leurs liens, et aboutir au résultat redouté. Le monde serait différent, et plus dangereux, si leurs actions militaires étaient coordonnées et complémentaires ; si, par exemple, la Corée du Nord « réchauffait » le front avec son voisin du Sud, où sont stationnées des troupes américaines, si l’Iran provoquait la grande confrontation régionale redoutée, et si la Chine en profitait pour procéder au blocus de Taïwan. Ce scénario catastrophe de plusieurs guerres majeures simultanées figure dans les plans des états-majors, mais il n’est pas d’actualité. Pas encore ?
Pour éviter cet embrasement, les Occidentaux ne doivent pas traiter cet « axe » hypothétique comme un bloc. Les Américains maintiennent ainsi le dialogue avec la Chine — Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden, se trouvait récemment à Pékin — pour veiller à ce que leur rivalité ne se transforme pas nécessairement en confrontation armée.
C’est aussi le sens des messages envoyés à Pékin au sujet de l’Ukraine : il n’est pas de l’intérêt de la Chine de s’engager au-delà du raisonnable dans la guerre de Poutine. Il y manque une pièce de l’équation : le reste du monde, arbitre courtisé de la refonte de l’ordre mondial. Pour éviter la logique des blocs, l’Occident doit renoncer à en être un, c’est un saut vertigineux qui n’est, hélas !, pas encore à l’ordre du jour.
Pierre Haski. Le Nouvel Obs. N° 3139. 12/09/2024
La Chine ne reconnaît pas sa frontière de l’Oussouri avec la Russie, elle convoite cette Sibérie dépeuplée à sa porte. Quant à l’Iran if offre à la Russie cette ouverture tant désirée vers l’océan indien, tout autant que l’Iran accepte ce concurrent très chrétien. Leur seul point commun est la détestation de l’occident pourtant indispensable à la Chine pour vendre ses produits, et à la Russie pour brûler son gaz, l’Iran serait le seul à pouvoir s’en passer, sauf que sa jeunesse rêve d’occident plus que de coran.