… Vous qui êtes dans cette ruralité et faite face aux déserts médicaux, voilà peut-être une possibilité à soumettre à vos édiles locaux. MC
« Médecins solidaires » :
le collectif qui combat les déserts médicaux
Depuis septembre 2022, le collectif Médecins solidaires lutte contre la pénurie médicale qui touche les zones rurales. En deux ans, l’association a ouvert quatre centres médicaux.
Reportage
C’est presque l’exception qui confirme la règle. Contrairement à d’autres communes, Chantenay-Saint-Imbert, petit village de 1 200 âmes situé dans le département de la Nièvre, en Bourgogne-Franche-Comté, dispose de la plupart des commerces essentiels : supérette, bar-tabac, pharmacie, une poste, une auberge… Le bourg se distingue même par son offre médicale. En plus d’un kinésithérapeute, il compte depuis peu un centre médical où exercent, à tour de rôle, des médecins généralistes à plein temps. Un miracle dans un territoire qui paie, depuis des années, les pots cassés de la désertification médicale.
« Les gens sont hyperenthousiastes ! Ils nous demandent systématiquement s’ils pourront revenir ! », explique Clémentine Labouré. À 29 ans, cette jeune médecin généraliste, qui travaille à SOS Médecins, à Paris, fait partie des pionnières du collectif Médecins solidaires.
L’association, fondée en 2022, a fait de la lutte contre la désertification médicale son fer de lance. Sa grande force : elle propose à des médecins de venir exercer pendant une semaine dans l’un de ses quatre centres médicaux. « Avant l’ouverture du centre à Chantenay, le 18 juin dernier, nous avions fait, comme d’habitude, des réunions publiques avec la population locale. Les gens étaient très inquiets de l’absence de médecins. Or l’ouverture du centre a beaucoup rassuré les patients. Certains n’ont pas consulté depuis dix ans ! Cela permet de les réintégrer dans un parcours de soins », confie Clémentine Labouré. « À l’année, cinquante médecins se relaient, toutes les semaines, pour faire fonctionner le centre. De cette façon, il n’y a jamais de trou. Actuellement, nous dénombrons environ 200 médecins actifs sur les 450 que compte le collectif », détaille la généraliste.
Joël Dubois, maire de Chantenay
La pénurie médicale est un problème ancien à Chantenay-Saint-Imbert. Longtemps, la commune a fonctionné avec la présence d’un généraliste par intermittence. « Nous avions un médecin qui faisait des permanences. Comme son cabinet est situé à Saint-Pierre-le-Moûtier, à cinq kilomètres d’ici, il y avait peu de créneaux disponibles pour consulter. C’était soit très tôt le matin soit très tard le soir, raconte Lilie, 40 ans, mère au foyer et habitante de la commune. Même si nous sommes proches de Moulins et de Nevers où se trouvent des centres hospitaliers, la situation reste ingérable. Beaucoup de services ont fermé. Et si vous cherchez un spécialiste, tel qu’un dentiste, les délais d’attente sont délirants ! »
- Une initiative pour lutter contre la désertification médicale
Inquiet de cette situation, le maire, Joël Dubois, décide de contacter Médecins solidaires : « Tout est allé très vite. Je les ai rencontrés en décembre 2023 pour leur exposer la situation. Rien n’avait été acté mais ils ont finalement choisi de s’installer à Chantenay. C’est le premier centre de Bourgogne-Franche-Comté. Je ne peux qu’être ravi, confie l’édile. Nombreux sont les villages qui n’ont pas cette chance d’avoir pu trouver une solution médicale durable. »
Depuis son ouverture, le centre médical ne désemplit pas. Loin d’être un frein, le roulement des médecins, qui alternent chaque semaine, réjouit au contraire la population locale. « Le fait qu’il y ait un médecin différent chaque semaine est un atout. Je trouve que c’est intéressant d’avoir différents regards sur son dossier médical. L’un peut passer à côté de quelque chose que l’autre peut remarquer », analyse Lilie.
Brigitte, retraitée de 65 ans
La jeune femme accompagne justement sa mère, Martine, venue consulter. « Maintenant, nous avons une prise en charge médicale à 100 %. C’est extrêmement rassurant. En cas de problème, on sait qu’on pourra avoir un rendez-vous dans la journée », ajoute Martine, rassurée. Autour d’elles, la salle d’attente flambant neuve attend l’arrivée de nouveaux patients.
Ces derniers sont accueillis par deux coordinatrices chargées de gérer la partie administrative. « L’objectif, c’est d’alléger le travail du médecin », précise Isabelle, 45 ans, une ancienne infirmière. « Dès que j’ai vu l’annonce, j’ai tout de suite été intéressée. Cela correspondait aux valeurs d’humanité que je recherchais et ne trouvais plus dans mon métier. On a la chance de pouvoir rencontrer des médecins qui viennent de différents horizons. Ici, il y a énormément de bienveillance. Or c’est quelque chose que je ne voyais plus dans mon travail de soignante. »
- Convaincre les médecins à venir exercer dans les campagnes
Si la réouverture du centre de soins est un soulagement pour les habitants de Chantenay-Saint-Imbert, elle l’est aussi pour ceux des communes alentour. C’est le cas de Brigitte, retraitée de 65 ans, résidente de Nevers. Avec son mari, elle a parcouru trente kilomètres pour venir voir le médecin.
La préfecture de la Nièvre, pourtant dotée d’un hôpital, souffre elle aussi de pénuries. « À Nevers, il n’y a plus rien ! Le service de pneumologie ne fonctionne plus. La médecine générale, c’est pareil. En traumatologie, n’en parlons pas ! C’est terrible pour les gens qui ont des pathologies lourdes comme mon mari. Il y a un an, notre médecin traitant nous a annoncé qu’il s’arrêtait en raison d’un burn-out. Depuis, nous galérons pour en trouver un autre », explique-t-elle.
« Ici, on voit bien que l’accueil n’est pas le même. Quand on va à l’hôpital, on est bousculé. On a l’impression que le médecin est devenu un épicier qui vend une prestation et qu’il ne peut pas faire plus. Pour moi, Médecins solidaires, c’est plus qu’une initiative. C’est une réconciliation avec le monde médical », lance, dans un sourire, la retraitée.
Chaque centre médical se limite à la prise en charge de 1 250 patients par médecin. « Il est évident qu’en cas d’urgence, nous prendrons en charge le patient. Néanmoins, nous sommes obligés de nous restreindre si nous voulons offrir un suivi de qualité », précise Clémentine Labouré.
Depuis l’ouverture du premier centre médical, à Ajain, dans la Creuse, en octobre 2022, le collectif a effectué près de 18 000 consultations. « Les déserts médicaux sont un problème qui concerne tout le monde. En tant que médecin, nous sommes encore plus impactés. Ce n’est pas normal qu’il y ait des gens qui ne puissent pas avoir accès à des soins. Or, avec de la bonne volonté, nous pouvons faire bouger les choses. La preuve : 100 % des médecins qui ont déjà fait une semaine de consultations par le biais de Médecins solidaires sont prêts à revenir ! »
D’ici à 2029, Médecins solidaires souhaite faire monter à 150 le nombre de centres médicaux en France. Ce qui nécessite, selon Clémentine Labouré, de rassurer les jeunes médecins. « Ce n’est pas une bonne idée de forcer les gens. Si on veut que les médecins aillent dans les campagnes, il ne faut pas qu’ils se disent : “Je vais travailler 24 heures sur 24 parce que je suis tout seul pour soigner des centaines de patients.” Il faut plutôt les inciter et leur montrer qu’il est possible d’exercer dans des zones rurales en les accompagnant. »
En attendant, Médecins solidaires continue son combat contre la désertification médicale. Un cinquième centre doit être inauguré en septembre prochain à Arnac-la-Poste, en Haute-Vienne.
Bérénice Paul. Source (Lecture libre)
J’habite une région qui n’est pas un désert médical, elle a même une des plus fortes densités de médecins. Pourtant quand mon médecin traitant est parti dans la Creuse j’ai mis plus de 3 mois à trouver un autre médecin traitant. Et les nouveaux arrivés dans la commune ont beaucoup de difficultés à en trouver. Le problème est global, l’état continue à restreindre les’acces aux formations médicales, comptant sur les médecins étrangers bien moins payés, pour boucher les trous. plutôt que faire des calculs d’apothicaire le gouvernement ferait mieux d’ajuster la csg en fonction des dépenses, ce qui l’obligerait à plus de transparence, car visiblement toute la csg et les taxes santé (tabac alcool) ne vont pas au financement de la santé.
Je ne reconnais plus le système dans lequel, j’ai été formée.. Je me souviens d’avoir participé aux séances de vaccinations obligatoires dans les écoles primaires avec les médecins départementaux et le service social, en coordination avec le fichier vaccination des mairies…(63/64).
Nous assurions aussi dans le centre de santé, les visites médicales systématiques obligatoires avant mariage (labo, radio pulmonaire),les radios pulmonaires obligatoires des salariés, envoyés par le service de médecine du travail des entreprises de la ville.., et le suivi radio et labo des personnes souffrant d’une pathologie pulmonaire, en lien avec le service départemental OPHS (Office Public d’Hygiène sociale). Tout cela relevait de la prévention et du soin pour le dernier.. c’était rémunéré. tout comme la Protection Maternelle et Infantile… gérée par les Départements.. le nôtre a fermé les 3 centres de notre ville…
Enfin, le centre de santé était équipé de 3 cabinets dentaires, avec un labo réalisant les prothèses, y compris céramiques, un labo d’analyses médicales, un service de radio, avec table moderne, appareil pournmammographies et radios panoramiques dentaires..3 kinés..tout cela pris en charge par le budget de la ville, sans aucune subvention.
Nous avions aussi contacté la Mutuelle départementale venue exposer dans une réunion publique ses propositions de prises en charge, pour les assurés n’en disposant pas.. çà a été un succès pour ces personnes, mieux prises en charge, puisqu’il n’y avait plus de ticket modérateur à régler, et un nouvel essor pour l’établissement.
S’il y avait des dentistes, radiologues, chef de labo à temps quasi complet, la plupart des consultations de médecine générale et sp »écialités était assurée par des médecins libéraux (hors ville) et hospitaliers à raison de quelques 1/2 journées par semaine.
Ce centre qui fonctionnait dans les anciens locaux de la CRF avait été repris par la ville début 1960, le Ministre de la Santé Monsieur Jack RALITE était venu fêter les 20ème anniversaire et sa rénovation.
Aujourd’hui, il semble qu’il n ‘y ait plus de prévention systématique.. dommage. La communauté soignante que nous formions tous et toutes est en retraite, il y a moins de consultations car moins de médecins… moins de spécialités proposées, en ville et dans les villes voisines…aussi… un projet de maison médicale d’urgence est en route, il derait fonctionner en fin d’année… un crève coeur..