L’Insoumis qui fait la leçon à Castets

Il aura suffi d’une semaine pour que Lucie Castets, candidate du Nouveau Front populaire (NFP) au poste de Premier ministre, se fasse renvoyer dans les cordes par un dirigeant du parti de Jean-Luc Mélenchon.

Tout a commencé par une interview de l’intéressée dans « La Tribune Dimanche », parue la semaine dernière (28/7).
Après avoir détaillé le programme fiscal du NFP (rétablissement de l’impôt sur la fortune, création de 14 tranches pour l’impôt sur le revenu, augmentation du prélèvement sur les divi­dendes, hausse des droits de succession, etc.), elle a ajouté : « Il faut que les expatriés fiscaux paient leurs impôts au fisc français, comme le font les expatriés américains vis-à-vis du fisc des USA. » « Une question de souveraineté », insistait-elle.

Trois jours plus tard, dans une interview aux « Echos » (31/7), Eric Coquerel, le très mélenchoniste président de la commission des Finances de l’Assemblée, lui règle son compte en une phrase : « J’ai produit un rapport parlementaire, avec Jean-Paul Mattei, du MoDem, sur le sujet en 2019. La conclusion est que ce serait inapplicable. »

Un rapport que Lucie Castets aurait dû lire avant de s’engager sur ce terrain pour le moins glissant. Cette gaffe est d’autant plus surprenante que, depuis plus d’une décennie, la question de la fiscalité des Français résidant à l’étranger a été publiquement posée par Dominique Strauss-Kahn, Nicolas Sarkozy puis François Hollande. Et s’est, chaque fois, heurtée aux mêmes obstacles. « Impôts-pulaires ! »

Comme l’a souligné cruellement Eric Coquerel deux jours plus tard, cette fois dans « Le Figaro » (2/8), la France devrait renégocier pas moins de 120 conventions fiscales internationales avec autant de pays pour éviter le risque de la double imposition : « Un impôt basé sur la nationalité et non sur la résidence est absolument impossible en France. Cela change totalement la philosophie de notre fiscalité, et il faudrait donc renégocier les dizaines d’accords bilatéraux que l’on a avec les autres pays du monde. Sauf que l’on est capables de faire à peine trois accords par an. »

Quant à l’exemple du Trésor américain, mis en avant par Lucie Castets, le seul à être parvenu à imposer l’ensemble des revenus de ses citoyens quel que soit leur lieu de résidence, il ne saurait être appliqué par la France, qui ne dispose pas des mêmes moyens diplomatiques et financiers pour obliger les autres pays à transmettre aux autorités toutes les données fiscales qu’ils souhaitent.

Précision biographique : avant de devenir directrice des finances de la Ville de Paris, Lucie Castets a suivi les cours de Sciences-Po puis de l’ENA, et a été affectée ensuite à la Direction du Trésor et à la tête d’un service de Tracfin, toujours à Bercy. Des études et des fonctions où elle a pourtant dû acquérir quelques compétences en matière fiscale…


Article non signé lu dans le Canard enchaîné du 07/08/2024


Une réflexion sur “L’Insoumis qui fait la leçon à Castets

  1. bernarddominik 09/08/2024 / 19h06

    Eric Coquetel dit encore une ânerie : Lucie Castets parlait surtout des revenus acquis en France, donc imposables à la source. Les revenus gagnés à l’étranger sont imposés dans ces pays, maïa France, pays très généreux avec les riches, n’impose que les résidents ayant des revenus gagnés en France. Oui nous sommes les dindons et visiblement ça ne gêne pas LFI

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