Le poison de la reforestation

En quelques années, de nombreuses entreprises se sont engouffrées dans cette stratégie marketing à la fois simple et peu coûteuse afin de compenser nos bilans carbone de consommateurs frénétiques. Grâce à la magie de la photosynthèse, un arbre absorbe des dizaines de kilos de CO2 par an, alors pourquoi se priver d’une nouvelle paire de godasses ?
Dans un long papier publié par la Yale School of the Environment, on rappelle à quel point la prolifération de la végétation peut se révéler néfaste pour la biodiversité. Plus surprenant encore : en raison du réchauffement climatique, la Terre se verdit naturellement trois fois plus vite qu’elle ne se désertifie. Une conclusion totalement contre-intuitive, y compris pour la communauté scientifique.

Au cours des cinquante dernières années, la plupart des zones arides, qui recouvrent 40 % des sols de la planète, ont connu une baisse des précipitations et une hausse des températures. Climatologues et écologistes s’attendaient à ce que ces phénomènes s’accompagnent d’une diminution de la végétation. Une désertification à l’échelle planétaire que l’ONU considérait d’ailleurs comme « le plus grand défi environnemental de notre époque ». De l’Australie du Sud-Est au Sahel, en passant par les déserts du nord de la Chine ou d’Afrique du Sud, c’est tout l’inverse qui s’est produit : les déserts reculent, la végétation avance. En 2016, les images par satellites montraient déjà que la moitié des zones végétalisées de la planète grossissaient. On a longtemps pensé que les agriculteurs locaux étaient responsables de ces reforestations. Mais dans 70 % des cas, c’est plutôt une surconcentration de CO2 dans l’atmosphère, conséquence directe des activités humaines, qui accélère le processus de photosynthèse.

Concrètement, malgré un environnement plus chaud et sec, les plantes trouvent leur bonheur en pompant l’êxcès de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. On pourrait se réjouir de ce phénomène quasi miraculeux susceptible de ralentir naturellement la pollution de l’air.
Ce serait là aussi écouter un peu trop vite nos intuitions trompeuses. Les écosystèmes arides foisonnent d’espèces végétales ou animales spécialement adaptées à la rareté de l’eau, mais elles sont rayées de la carte au profit d’espèces envahissantes.
En Nouvelle-Zélande, les entreprises polluantes n’ont pas cessé de planter des arbres pour atteindre leur fameuse « neutralité carbone », et le gouvernement a cru bon de lancer le programme de reforestation « 1 milliard d’arbres » d’ici à 2028. Résultat : en deux temps, trois mouvements, les pinacées ont proliféré au point de menacer la biodiversité locale.

En 2020, une étude publiée dans Global Change Biology montrait qu’en Écosse les sols des landes laissées intactes stockaient davantage de carbone que celles où des arbres avaient été plantés. Dans certaines zones, l’augmentation de la végétation participe également aux feux de forêt. Il y a quatre ans, les flammes ont ravagé le sud-est de l’Australie, un drame largement imputé à une accumulation de végétation ligneuse combustible ayant proliféré grâce à notre atmosphère saturée de CO2.
Des incendies qui ont libéré encore plus de CO2 dans l’air, participant à une boucle infernale.
Tous ces exemples devraient être regardés de près par la Commission européenne, qui pense pouvoir réduire son bilan carbone en plantant 3 milliards d’arbres d’ici à 2030.

Et si on finissait par comprendre que le principe de « compensation carbone » n’est rien d’autre qu’une vaste fumisterie ?


Edgar Lalande. Charlie Hebdo. 21/08/2024


Une réflexion sur “Le poison de la reforestation

  1. bernarddominik 24/08/2024 / 10h05

    Planter des arbres est la meilleure façon de limiter l’avancée des déserts. L’Algérie et la Chine investissent dans la ceinture verte. La plupart des incendies ne sont pas naturels mais causés par l’homme, éradiquer leurs causes est donc possible. Quant au cas de l’écosse c’est un écosystème très particulier propres aux zones humides, les tourbières, en faire un cas général est une bétise. Continuons á planter des arbres mais en sélectionnant mieux les espèces. Le CO2 n’est pas le vrai problème, la terre a supporté des concentrations plus importantes et était alors plus verte globalement plus chaude avec moins de déserts. Le problème de nos écologistes c’est leur trop grande confiance dans leurs modèles numériques reflets d’un savoir mis en équations alors que la météorologie est loin de maîtriser tous les aspects du climat.

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