Le prisonnier de Bercy

L’idée est d’assurer, malgré tout, la préparation du budget 2025, tandis que se poursuivront de complexes tractations pour former la future équipe gouvernementale. « Pour préparer le budget, explique le même conseiller, il faut au moins un Premier ministre. » Certes, mais quid du ministre de l’Économie et des Finances ? Dans l’esprit toujours fertile de Macron, il s’agirait encore et toujours de Bruno Le Maire et de son ministre délégué, Thomas Cazenave, jusqu’à la nomination de leurs successeurs.

Mais Le Maire se rebiffe. Dès le 2 août, au cours d’une réunion à Matignon justement consacrée à la préparation du budget, il explosait : « J’ai accepté d’être dans un gouvernement avec Gabriel Attal comme Premier ministre, je n’ai pas l’intention d’être pris en otage au sein d’une équipe démissionnaire à laquelle on imposerait un nouveau Premier ministre ! »
Et le révolté de Bercy de se plaindre du fait qu’un ministre démissionnaire soit obligé de rester à son poste jusqu’à la nomination de son successeur : « On est prisonnier, c’est le seul poste dont on ne soit pas libre de partir. » Réplique d’Attal, mort de rire : « Tu n’as qu’à saisir la Cour européenne des droits de l’homme ! »

En attendant la suite, Attal et Le Maire se livrent à un bras de fer à propos de la préparation du fameux budget. Le patron de Bercy se démène pour faire un maximum d’économies ; le Premier ministre freine des quatre fers. La bataille s’est jouée sur les « lettres plafonds », ces documents qui fixent les dépenses de l’année suivante, ministère par ministère, qui auraient dû être envoyées avant le… 15 juillet, et devaient enfin l’être mardi 20 août au soir.

Dans la copie qu’il a remise au Premier ministre début août, Le Maire préconisait 5 milliards d’euros d’économies (sur 492 milliards de dépenses) ; Attal les a biffées d’un trait de plume : les dépenses seront du même montant que l’an dernier. « L’essentiel, considère-t-il, c’est que le prochain gouvernement ne puisse pas nous reprocher de ne pas avoir pu présenter un budget dans les temps. Les procédures sont enclenchées, ils auront toute latitude pour changer ce qu’ils veulent. »

Le projet de loi de finances doit impérativement être transmis au bureau de l’Assemblée nationale le 1er octobre. Ça laisse encore du temps pour trouver l’homme ou la femme qui délivrera Le Maire de Bercy…


Article non signé lu dans Le Canard enchaîné du 21/08/2024


2 réflexions sur “Le prisonnier de Bercy

  1. bernarddominik 24/08/2024 / 12h23

    La grande pagaille

  2. tatchou92 24/08/2024 / 21h38

    Je ne doute pas un instant, que lors de la prochaine rentrée universitaire, les étudiants en Droit, et plus particulièrement en droit public et constitutionnel, n’assaillent d’interrogations leurs professeurs sur la situation inédite traversée par les institutions de notre pays.. Un beau cas d’école, qui figurera dans les annales… des réponses prudentes.., des discussions intéressantes …

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