Une situation : quelle situation ?

Tous les bravos vont aux conseillers du prince… qui méritent la porte illico autant que ce porte-voix jupitérien. Parce que, quoi qu’en disent les analyseurs et pronostiqueurs-journaleux-médiatisés sans raison, la situation, le merdier actuel, n’est que le résultat de 7 années de déconnades macronesques. MC

L’équation parlementaire était devenue « intenable ». Telle est la justification avancée par Macron, juste après qu’il a usé par surprise de l’arme très fatale de la dissolution de l’Assemblée nationale. Deux tours d’élections législatives plus tard, la réussite est du niveau de la « clarification » annoncée par le même et qui n’a fait que compliquer la situation.

Le très mauvais calcul présidentiel a, là aussi, donné le résultat contraire de celui espéré. « L’équation » à l’Assemblée est devenue encore bien plus « intenable » qu’elle ne l’était. Un franc succès.

Certes, et heureusement, les électeurs et le barrage républicain, malgré quelques fissures, ont permis de nous éviter l’arrivée de Bardella à Matignon. Et de ramener, après les craintes du premier tour, et contre toute attente des sondeurs, le RN en troisième position au second.

Mais pas d’empêcher pour autant ce même RN d’être, en voix comme en sièges, le premier parti politique du pays. Ce qui, même cabossé par la correction de ce second tour, le place en confortable position d’attente des prochaines opportunités que la nouvelle « équation » risque de lui procurer.

Une « équation » devenue d’autant plus « intenable » pour Macron qu’il ne la tient plus du tout. Tout ce qui la compliquait pour lui et justifiait à ses yeux sa dommageable décision, à savoir le bruit et la fureur de LFI et les menaces de LR d’une motion de censure pour le budget, a fait plus que s’amplifier. Il doit désormais faire face aux injonctions pressantes du Nouveau Front populaire, en quête d’un Premier ministre issu de ses rangs.

Mais se heurter aussi au refus claironné de LR de tout rapprochement. Et, avec près de 100 députés de ce qui était sa majorité relative portés disparus, il se retrouve arithmétiquement beaucoup moins à même de résoudre ladite équation. Ce qui ne l’empêche pas, en essayant de donner du temps au temps pour en gagner (lire p. 2), de recommencer à faire de très hypothétiques calculs d’épicier.

Pendant ce temps, les chefs des partis de gauche, PS, écolos, PC, passent d’une réunion à l’autre pour essayer, « dans la semaine », de se mettre d’accord sur le nom d’un Premier ministre qui ne leur soit pas imposé par LFI, ce qui n’est pas gagné. Au point que d’aucuns en viennent à réclamer un vote des députés NFP Macron, lui, compte, en oubliant le sien, sur l’effet repoussoir de Mélenchon chaque fois qu’il intervient. Et mise sur les difficultés pour ce front de gauche de constituer des alliances plus durables que celles, électorales, qui l’ont, avec succès, constitué.

En disant attendre « la structuration de la nouvelle Assemblée », en refusant la démission d’Attal et en envisageant, le cas échéant, de jouer la montre ou plutôt le chrono des JO, il refait ses additions. Il ne quitte pas sa calculette pour essayer, à droite surtout, de rallier des députés, pour hisser numériquement ce qui lui reste des rangs parlementaires de la Macronie.

Et, pour espérer contrer les exigences pressantes du Nouveau Front populaire à gouverner avec une majorité relative, il dit vouloir créer dans l’Assemblée qui se dessinera forcément le 18 juillet prochain ce qu’il appelle « un bloc in contournable ». Une nouvelle « équation parlementaire » plus que difficilement « tenable ».


Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 10/07/2024


4 réflexions sur “Une situation : quelle situation ?

  1. bernarddominik 10/07/2024 / 12h21

    Difficile de choisir un premier ministre. Olivier Faure se propose mais avec 65 députés le PS c’est 11%. Le programme NFP ne peut passer qu’avec le 49.3 un comble pour ceux qui veulent le supprimer.

  2. bernarddominik 10/07/2024 / 13h02

    Marine Le Pen a dîné avec Édouard Philippe et Thierry Solère chez ce dernier. Ça prépare de grandes manœuvres à droite. Édouard Philippe pourrait il faire une coalition ensemble+LR+RN? Le compte en députés y serait mais comment les ex socialistes de renaissance pourrait il accepter ça ?

    • Libres jugements 10/07/2024 / 16h13

      Personne à quelques niveaux qu’ils soient est capable de dire ce qu’il sortira des tractations/arrangement aussi bien entre les leaders des partis politiques, que ce qu’acceptera ou pas la population selon les tendances de chacun.
      Un risque grave serait qu’une partie de la population ne se retrouvant pas dans ces projections programmatiques ni à droite, ni à gauche (ni à gauche, ni à droite), descendant la rue et provoque une émeute. Ce genre d’événement qui commencé risque d’échapper à bon nombres de personnes, compte tenu des nombreuses années subies par les laissés-pour-compte.
      Michel

  3. Carolyonne89 10/07/2024 / 18h57

    D’ici là il peut se passer beaucoup de choses, un attentat sous faux drapeau peut être, loi martiale etc .. qui sait ce que ce cinglé a en tête, mais il fait trop trainer les choses pour ne pas avoir un  »plan B »..le 14 juillet a Paris promet peut-être quelques surprises

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.