Droits du foot à la limite du hors-jeu
On allait voir ce qu’on allait voir : pour diffuser le football français, les chaînes de télé allaient devoir signer un mégachèque de 1 milliard d’euros par an jusqu’en 2029. C’est ce qu’avait trompeté à l’automne dernier Vincent Labrune, le président de la Ligue de football professionnel (LFP), qui régit le championnat.
Las ! alors que les championnats de Ligue 1 et de Ligue 2 reprennent dans un mois à peine, et malgré un interminable feuilleton à rebondissements, aucune offre n’avait été formulée par les diffuseurs potentiels jusqu’à ce week-end. A tel point qu’il a même été envisagé de reporter la première journée de compétition…
Epilogue ce dimanche : la plateforme britannique DAZN (prononcez « Da Zone »), qui rafle huit matchs sur neuf, et la chaîne qatarie beIN, qui diffusera le neuvième, ont topé in extremis pour… 500 millions par an. Somme à laquelle s’ajoutent, certes, 150 millions de droits internationaux (les télés étrangères) et 40 millions pour la Ligue 2, mais de laquelle il faut défalquer diverses taxes et la commission de CVC, le fonds d’investissement luxembourgeois, qui, contre 1,5 milliard d’euros, a fait main basse sur 13 % des recettes à vie (oui, à vie !) de la LFP.
Selon les calculs d’experts, il ne devrait rester « que » 350 millions pour les clubs français, certains étant déjà exsangues. Quant aux supporteurs, ils sont priés de payer « 30 à 40 euros par mois pour DAZN et 15 euros pour beIN » (« L’Equipe », 15/7). Un tarif prohibitif qui laisse craindre une explosion du piratage et des audiences faméliques.
Mais, qu’on se rassure, le président Labrune, lui, ne risque pas la banqueroute. Durant son mandat, qui se termine en septembre, son salaire a été quadruplé, pour atteindre 1,2 million par an, sans compter un bonus de 3 millions pour avoir mené à terme le deal (ruineux) avec CVC et des notes de frais pharaoniques. Sans oublier les deux ans de salaire qu’il touchera quoi qu’il arrive au moment de son départ, sauf s’il y renonce, comme il l’a juré devant les sénateurs.
Savoir mener des négociations, ça se paie…
Article signé des initiales P. L. Le Canard enchaîné. 17/07/2024
Le foot n’a plus rien de l’esprit sportif c’est le fric rien que le fric