Demain n’est jamais certain

Il est des moments de bascule dans l’histoire qui donnent le vertige.

Et ils se succèdent ces derniers mois à un rythme effréné. Alors que s’ouvrent les 33es Jeux olympiques d’été à Paris — un événement planétaire — , la première puissance mondiale vit, avec le renoncement de Joe Biden à la prochaine présidentielle, une profonde déstabilisation.

Certes, il ne s’agit pas totalement d’une surprise. Usé, figé physiquement et balbutiant des propos approximatifs, le président américain semblait acculé. De plus en plus d’élus démocrates et de grands donateurs l’engageaient à se retirer. Il s’y est enfin résolu, dans un geste grave, dicté par une conscience certaine de l’intérêt de son pays, où la démocratie semble plus que jamais menacée par une possible victoire de Donald Trump. Et c’est une forme de chemin de croix, à l’échelle d’un homme vieillissant, peut-être malade, qui trouve ici son issue.

Ainsi, cette campagne américaine, que l’on annonçait sans éclat, se retrouve, une nouvelle fois, électrisée. Ce retrait, inédit en plein sprint final, suit de peu la tentative d’assassinat subie par Donald Trump. Depuis, celui-ci surfe sur l’idée qu’il serait protégé de Dieu, miraculé. Se plaçant sur une trajectoire porteuse, dans la foulée de sa désignation officielle par les républicains.

C’est cette course en tête que Joe Biden tente, par ce renoncement tardif, de freiner. À plus de trois mois de l’échéance, l’hypothèse Kamala Harris — rapidement soutenue par des poids lourds de son parti — est un grain de sable dans l’engrenage trumpiste, contraint de revoir sa stratégie.

Finies, les attaques contre un Biden dépassé ; il lui faudra sans doute affronter une femme plus jeune, noire, et qui devrait faire du combat pour l’avortement et les droits des Américaines un axe fort de campagne. Et même si le chemin s’annonce escarpé pour les démocrates, les cartes ainsi rebattues leur donnent une chance, inespérée, de reprendre un élan.

Le pire, ainsi, n’est jamais certain.
Il faut bien sûr de l’optimisme pour adopter, dans notre monde instable et polarisé, déchiré par des guerres majeures, cette perspective. Mais les faits, quand même, sont là. En baisse dans les sondages, Joe Biden, donc, consent à se retirer. Sur le Vieux Continent, malgré la forte poussée des populistes, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a été élue avec le soutien des Verts, ce qui limitera peut-être le recul écologique annoncé.

En France, la crise politique ouverte par la dissolution est loin d’être close et le spectacle offert par les élus de tout bord est désolant. Notamment à gauche, où les responsables semblent incapables de transformer l’essai des législatives en proposant un nom pour Matignon. Mais la victoire pronostiquée de Marine Le Pen ne s’est pas produite et son parti a été tenu à l’écart des postes de l’Assemblée.

Quant aux JO de Paris, il n’est pas totalement exclu qu’ils soient un succès ! Ils n’échapperont pas, sans doute, aux éternelles contradictions qu’ils charrient depuis leur création et dont leur inventeur, Pierre de Coubertin, est une parfaite allégorie. À regarder les dérapages olympiques — financiers, politiques, écologiques — , comme nous le faisons dans notre dossier, il est légitime de questionner cette fête.

Mais on peut aussi s’y laisser entraîner, sans illusions, mais avec plaisir. On y trouvera des formes d’abnégation, de persévérance, voire de jubilation. Une vibration, une pulsation, peut-être même une étreinte. Bref, quelque chose de vivant et de fraternel, comme le sport sait le plus souvent en offrir. Il faudra s’en nourrir.

Car en France comme en Amérique, dans nos démocraties fracturées, nous n’avons gagné qu’un sursis. Pour éviter le pire, il faudra vite retisser les fils de la solidarité, se reparler, s’envisager. Et puiser dans l’électrochoc de la dissolution et de la perspective du RN au pouvoir l’énergie de nous engager. Car de la densité des liens noués découlera sans doute notre capacité, la prochaine fois, à encore résister. Et il n’y a guère de doute sur le fait que l’avenir nous imposera de l’éprouver.


Flore Thomasset. Le Nouvel Obs. N° 3122. 25/05/2024


4 réflexions sur “Demain n’est jamais certain

  1. tatchou92 26/07/2024 / 10h15

    En fait, les Jeux arrivent à point pour redonner du tonus, parader, faire la une, souffler nous inviter à la fête… payer l’addition, avant la reprise des activités qui ne devraient pas manquer de piment…
    Que la fête soit belle pour l’ensemble des sportifs engagés, et la moisson importante pour les Bleues et Bleus.

    • Libres jugements 26/07/2024 / 10h30

      Où est le sport amateur dans l’évènement depuis de nombreuses années notamment dans les J.O. utiliser comme surface pour la grandeur d’un pays.
      Les sportifs ne sont certes pas responsables de cet état de fait.
      Pour autant lorsque l’on connaît Le montant de la somme engagée par l’État pour la parade inaugurale entre autres et même si l’on considère qu’un certain nombre d’équipements, réalisés d’infrastructures de transport (à finir au demeurant) seront certainement des avancées dans quelques mois ou années ; n’oublions pas les sites abandonnés après les jeux d’Albertville… entre autres.
      Michel

  2. rblaplume 26/07/2024 / 18h32

    Vive les athlètes des Jeux olympiques et Paraolympiques de Paris !
    Ces jeux sont devenus essentiels pour les athlètes mais aussi pour les politiques.
    « Ces jeux sont faits ?…rien ne va plus ».
    En effet, le monarque, maître des horloges joue la montre et apparaît comme Jupiter, seul, à la tête de l’Etat. Celui-ci a un gouvernement démissionnaire composé de députés-ministres qui, suivants les circonstances, peuvent être députés ou ministres gérant semble-t-il les affaires courantes. Doux euphémisme pour dire que les ministres officient toujours en peine responsabilité leur ministère. Les exemples les visibles sont les ministères du Travail (suppression de postes) ou de l’Intérieur et des Outre-Mer( Jeux Olympiques , Nouvelle Calédonie) et de l’Economie , des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique ( prépare le budget clefs en mains sous l’œil vigilant de Bruxelles). Rien n’a changé. Monsieur Macron fait comme si la parenthèse des élections européennes et législatives était d’or et déjà refermée.
    L’Assemblée Nationale n’existe qu’à travers sa Présidente Mme Braun-Pivet. Il est navrant de constater que le Président de la République, garant des Institutions, n’ait retenu aucune leçon politique des différentes élections concernant les postes essentiels de l’Assemblée Nationale, élue au suffrage universel par plus de 67 % des votants. Plus forte participation citoyenne depuis les élections de 1997, ce qui est un bon signe pour notre démocratie !
    Les opposants politiques, pour M.Macron, se limitent au RN-FN et LFI.
    Son seul souci est de rester maître à la tête de ce pays, la France. Pas de vision pour ce vieux pays mais le souci insatiable de satisfaire un ego d’autocrate !
    Le reste des députés appartiennent définitivement, pour M.Macron, à l’arc républicain comme Mme Borne, Première ministre, à l’époque en avait défini, de manière arbitraire, les contours !
    En foi de quoi, M. Macron enjoint notamment au Nouveau Front Populaire de respecter la trêve olympique ( sauf en Ukraine, à Gaza et en Cisjordanie et ailleurs) et de se mettre au travail pour répondre à sa demande, le moment défini par ses soins, pour nommer un(e)Premier(e) ministre ayant  » le rassemblement le plus large qui lui permette d’agir et d’avoir la stabilité »en excluant les extrêmes, selon sa définition, (FN-RN et LFI).
    Le Conseil d’Etat, 2ème chambre, le 11/03/2024 a décidé de maintenir pour FN-RN l’expression « extrème droite ». M. Macron ne peut qu’appliquer le droit positif du Conseil d’Etat qui exclut LFI de ce qualificatif d ‘extrême.
    Rien ne va plus car, tous les évènements, se déroulant à partir de maintenant, relèveront de la pleine responsabilité de M.Macron et de son gouvernement de ministres-députés !
    Il reste au Nouveau Front Populaire à s’arrimer au mat de Lucie Castets, ( proposition d’assumer les fonctions de Première Ministre) pour ne pas succomber aux sirènes macroniennes.
    C’est un moment important de crédibilité pour le Nouveau Front Populaire pour les futures élections et pour son devenir notamment à l’Assemblée Nationale.
    Pendant ce temps, le spectacle des excellences recues, en grande pompe par M et Mme Macron, lors d’un repas officiel, au Louvres, veille de l’ouverture des Jeux Olympiques s’oppose à cette France qui se meurt ainsi que ses Services Publics. Dans un Paris grillagée et vidée d’une partie de ses habitants et de salarié(e)s attend, le 26 juillet 2024, en petit nombre ou grand nombre les touristes et les gens pour ouvrir solennellement ces jeux !
    rblaplume

    • tatchou92 27/07/2024 / 0h33

      je pense que le pédigree et le CV professionnel de Lucie CASTETS n’est pas inconnu du Président, ni de Monsieur LEMAIRE.. Si l’un d’eux nous punit pour ne pas faire ami-ami avec ses potes dans un grand arc républicain (çà sonne bien), le second n’a pas forcément envie de lâcher Bercy, qu’il détient depuis un moment.. ni que sa gestion soit très finement examinée par la poterntielle Première Ministre… qui en a fait trembler d’autres..

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