Le champion de la course contre-la-montre

Il y aura « trois lectures successives de la dissolution », prédisait, avant les élections, un conseiller d’Emmanuel Macron : après l’annonce du 9 juin, après les résultats du second tour et avant l’ouverture des Jeux olympiques. Nous y sommes, et c’est ce moment que le Président, inhabituellement muet depuis les législatives, a choisi pour s’exprimer.

La menace du RN étant pour l’heure écartée, l’hypothèse d’un gouvernement Nouveau Front populaire s’éloignant, Macron a jugé l’instant opportun pour décréter une « trêve olympique ». « Il faut marquer symboliquement la bascule entre la phase politique très intense que l’on vient de vivre (la faute à qui ?) et les Jeux olympiques », expliquait-il à ses proches, avant de s’exprimer depuis le Trocadéro.

La trêve olympique, pour Macron, cela signifie qu’il n’y ait « plus d’affrontements parlementaires ». Et pour cause : à défaut de grain à moudre, le Parlement s’est mis en vacances, alors que la session extraordinaire est censée se prolonger jusqu’au 2 août. Les oppositions ne peuvent même pas déposer une bonne petite motion de censure, puisque le gouvernement Attal, seulement chargé d’expédier les affaires courantes, est impossible à renverser (« Le Canard », 10/7).

C’est l’une des raisons pour lesquelles celui qui tente de redevenir le maître des horloges veut prendre son temps avant de nommer un nouveau Premier ministre. Le suspense devrait se prolonger au-delà des Jeux olympiques et du long week-end du 15-Août.

L’Élysée envisage une « fenêtre de tir » entre le 20 et le 25 août.
Mais il peut aussi faire durer le plaisir au-delà des Jeux paralympiques (28 août-8 septembre). A ceci près qu’il y aura alors urgence à préparer un budget digne de ce nom.

En attendant, les stratèges de la Présidence espèrent toujours que le Nouveau Front populaire va se fracturer, tandis que se poursuivra le rapprochement avec la Droite républicaine.

Coup de chance, il existe de touchantes similitudes entre le « pacte législatif » proposé lundi 22 juillet par Laurent Wauquiez et le « pacte d’action » dont Gabriel Attal a dévoilé une partie du contenu aux députés du groupe qu’il préside : valorisation du travail plutôt que de l’inactivité (il ne dit pas « assistanat »), refus des hausses d’impôts « pour ceux qui travaillent », économies budgétaires, « réponse pénale rapide, notamment pour les mineurs délinquants »…
Si ce n’est pas un flirt d’été, cela y ressemble furieusement.


Article non signé lu dans Le Canard enchaîné du 24/07/2024


Une réflexion sur “Le champion de la course contre-la-montre

  1. tatchou92 27/07/2024 / 0h18

    ils publieront bientôt les bans…

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