Au passage –1

Au sommet du monde connu il y a un arbuste.
Tu l’as déjà vu en rêve.
La première fois, tu n’as pas vu la montagne en dessous. Tu as simplement pensé à un petit arbuste comme il en existe au bord des trottoirs ou devant les pavillons de dames âgées. Tu as d’ailleurs pensé à ta grand-mère.
Tu ne savais pas bien l’expliquer mais dans ton rêve, la première fois, cet arbuste et ta grand-mère étaient intimement liés.
Presque comme si cet arbuste était la réincarnation amoindrie d’un amant de jeunesse de ta mamie.

Un amant dont elle n’avait jamais parlé à personne.

Dans le rêve, tu étais ainsi persuadée que ta grand-mère avait, encore aujourd’hui, quelque part dans son placard une petite photo de cet amant – avant qu’il prenne la forme d’un arbuste.
Maintenant, tu vois aussi la montagne sous l’arbuste.
Tu as le pressentiment que c’est la dernière fois de ta vie que tu rêves de lui.

Une grande quiétude t’envahit. Les feuilles de l’arbuste frémissent éternellement.


Arthur Téboul. Recueil : « L’Adresse ». Éd. Seghers.


Composé dans une petite échoppe – Le Déversoir, cabinet de poèmes minute – où il reçoit qui veut. Un étonnant livre de recueil des différents poèmes qu’Arthur Teboul, tel un scribe poète, rédige à la demande, pour chacune des personnes venant à lui.


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