La dangereuse Marion Girouette

Familles, je vous ai.

Se servir de sa tante ou être utilisée par elle, l’héritière a parfois quelques difficultés à s’y retrouver. L’oie pas vraiment blanche louvoie au gréé du vent…

Ah, cette phrase, à la fois sotte et un rien vaniteuse, comme le pensait son auteure, mais qui résume si bien le moment : « Cela va évidemment paraître très prétentieux, mais je crois qu’il y a une aristocratie Le Pen. » Cette confidence de Marion Maréchal à la presse date de 2015 ; aujourd’hui, pour elle, rien n’a changé.

Elle est une Le Pen avant tout. On comprend mieux l’étrange séquence à laquelle on assiste. Marion et Marine qui se disent qu’elles s’aiment, après s’être tant déchirées, ces mains qui se tendent, ces mines émues, tout cela ressemble furieusement à une comédie à l’italienne ou à une chanson d’Aznavour, comme on voudra, mais, à la place de « la mamma », c’est un patriarche qui s’éteint doucement.

Jean-Marie Le Pen n’est pas au mieux, le combattant féroce, qui humilia ses ennemis, ses filles et sa petite-fille, n’est plus en état de gérer ses affaires. Que faire de la maison de Saint-Cloud, en piètre état, de ce terrain gigantesque et de tout le reste ?

La famille Le Pen se ressoude autour du lit du vieux, et c’est dans ce contexte que la fondatrice du RN et sa nièce Marion Maréchal ont scellé leur rapprochement, commencé en septembre dernier, lors d’un mariage au sein du clan célébré à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), le berceau de la famille.

Les proches de Marine Le Pen ont ouvert grand la porte. Sébastien Chenu, le porte-parole du RN : « Marion est la bienvenue, sur la base de ce que nous proposons. » Louis Mot, le vice-président du parti : « Accueillir Marion, pourquoi pas. Ce qui pose problème, c’est son entourage. »

Un beau brun de fille

La grande réconciliation, tout sauf discrète, n’est pas dépourvue d’arrière-pensées politiques. Affaiblir Zemmour, certes, comme l’a montré le récent déplacement de campagne de Bardella à Sainte-Maxime (Var) pour piétiner les plates-bandes de Reconquête !, qui y réalise ses meilleurs scores.

Mais, surtout, la réconciliation affichée avec Marion peut aider sa tante à distraire l’attention alors qu’un mauvais moment s’annonce pour elle. « Marine Le Pen va devoir affronter un procès très compliqué en septembre, celui des assistants parlementaires fictifs de son parti au Parlement européen. Elle anticipe un moment très dur médiatiquement, avec une défense fragile face à l’accusation de détournement de fonds publics. Si elle est laminée médiatiquement, si elle est rendue inéligible à l’issue du procès, qui se retrouvera seul aux manettes ? Bardella. Faire rentrer Marion dans le jeu sert à insécuriser Bardella, pour qu’il ne se sente pas trop pousser des ailes », confie un proche de la famille.

Interrogé sur un possible retour de Marion Maréchal, le président du RN a répondu froidement : « Je n’y crois pas. »

Et Marion Maréchal, là-dedans ?

Presque certaine d’être élue eurodéputée, elle se prête à la manoeuvre. Trop heureuse de donner un coup de main dans ce moment difficile (sa mère, Yann Le Pen, ancienne assistante parlementaire pas trop active à Bruxelles, sera sur le banc des accusés) et d’être un possible caillou dans la chaussure de Bardella.

Pas mécontente non plus d’instaurer un rapport de force avec son nouveau parti, Reconquête !, qui ne lui fait pas de cadeau. « Dans cette campagne, Maréchal a dû manger son chapeau dix fois : elle n’a pas pu imposer ses proches, et ses financements ont été bloqués à plusieurs reprises par Sarah Knafo, la compagne de Zemmour, qui se considère comme la stratège du parti et croit son heure venue », raconte un ancien cadre de Reconquête !.

Une fois qu’elle sera élue, que va faire le grand espoir des Identitaires ? Sans doute pas revenir au RN, tant les différences idéologiques sont profondes. La constitutionnalisation de l’avortement, l’ancienne élève de Saint-Pie-X, à Saint-Cloud, est contre. La GPA, elle est contre. La retraite à 60 ans, elle est contre.

Les nouveaux inspirateurs du RN, comme le transhumaniste Laurent Alexandre, visiteur du soir de Bardella, elle les déteste. En plus, ses partisans au RN, elle les a laissés tomber quand elle a abandonné son mandat de députée, en 2017. « Elle les a balancés comme elle a balancé tout le monde au parti et dans le Vaucluse », rigole un des « balancés ». Au sein de l’appareil, elle n’a plus de relais.

Soldes chez Tatie

Reste le Parlement européen. Reconquête ! va rejoindre le groupe ECR, avec les partisans de Viktor Orbân, de Giorgia Meloni, les eurosceptiques polonais du PiS, les Démocrates de Suède, le Parti des Finlandais, l’espagnol Vox, et l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR).

Des tas de chouettes copains bien dégagés derrière les oreilles, dont certains l’adulent, comme Vox et les Démocrates de Suède. Elle se verrait bien devenir la tête pensante de ce groupe, qui devrait être le troisième au Parlement européen.

Sauf que, entre Meloni, qui soutient l’adhésion de l’Ukraine à VUE, et Orbàn, qui est contre, entre la Pologne, très anti-russe, et les Hongrois, soutiens de Poutine, le groupe a peu de chances de tenir.

Encore des histoires de famille !


Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 05/06/2024


3 réflexions sur “La dangereuse Marion Girouette

  1. bernarddominik 12/06/2024 / 16h32

    L’Ukraine c’est le truc qu’ont trouvé les usa pour affaiblir la Russie avant de s’attaquer à la Chine. On me dira c’est Poutine qui a commencé, mais si on regarde les faits depuis 15 ans, on découvre les manœuvres de la CIA et de Boris Johson, qui tout en ayant quitté l’UE à promis à l’Ukraine l’adhésion et les milliards de l’UE.

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