Exorcisme

Par le grand lys noir de ton sexe
Et par la douceur veloutée
De ses mandarines jumelles
Dans la tiédeur de tes broussailles

Par le jus âpre de leurs graines
Par le jaillissement amer
Et bouillonnant de mâle vie
De leur cascade souterraine
Au flanc du terreau de mon corps

Par leur morsure arachnéenne
Et le venin pur de leur lie
Par la puissance de leurs germes
La faim de leurs yeux de cristal

Par la tige de ton désir
Dressée sous la voute nocturne
De la grotte humide des femmes

Par le sel secret de son fluide
Oxydant la rosée lustrale
Au profond du calice vierge
Par l’épine transcendantale
Plantée au coeur de mon délire

Par les oiseaux de nos soupirs
Par nos mains caresses de feuilles
Par la sève de nos blessures
Par les meurtrissures des dents

Par la brûlure de ton cierge
Allume dans tous nos printemps
Et les pétales déchirés
Des chrysalides sacrifiées
Pour l’insecte parfait du viol

Par l’aile d’un unique vol
Obscurcissant l’or de nos yeux
Par nos salives mélangées
Dans la coupe fraîche des lèvres

Par la morsure de ton miel
Dans la corolle de ma fleur

Sous le troupeau de tes caresses
Piétinée et criant de joie
Je suis ta terre dévastée

Je suis la source de ton fleuve
L’oiseau a la gorge tranchée
Dont tu as arraché la voix

Par les stigmates calcines
Que m’a fait ton crotale noir
Au coeur des jungles oubliées
Au berceau des races anciennes

Rodwell je me reconnais tienne.


Grisélidis Réal (1929-2005)


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