Violence de jeunes

… et le sexisme, dans tout ça

Une fois de plus, on a assisté à une surenchère autoritaire là où, d’autres solutions sont nécessaires. Après la mort de Shemseddine, 15 ans, tué par des grands frères qui ne voulaient pas qu’il échange avec leur soeur, Gabriel Attal est intervenu en grande pompe à Viry-Châtillon (Essonne), appelant à un « sursaut d’autorité » et énumérant plusieurs mesures coercitives internats, commissions éducatives dès l’école primaire, remise en question de la justice des mineurs…

Mais rien pour tenter d’agir à la racine, sur ce qui est précisément à l’oeuvre derrière cette violence : les mentalités patriarcales, assorties d’interdits religieux. Rappelons que le meurtre de Shemseddine a pour point de départ, comme pour celui de Shaïna, la « réputation ». Les frères accusés du meurtre ont expliqué avoir voulu protéger la réputation de leur soeur, car celle-ci échangeait avec un jeune homme autour de la sexualité.

Il n’y a donc pas ici directement de problème d’autorité, peut-être même que les frères avaient l’impression d’user eux-mêmes d’une forme d’autorité qu’ils se sont arrogée, celle des garants des règles de leur famille.

Pour éviter d’autres meurtres de la sorte, il faut avant tout combattre la vision rétrograde du rapport filles/garçons, particulièrement exacerbée dans certains quartiers. Des filles qui ne disposent pas de leur corps, dont la valeur est dépendante de leur « pureté », dont la virginité doit être préservée pour l’honneur de toute une famille.

Des valeurs archaïques qui prennent d’autant plus de place lorsque la République n’est pas à la hauteur pour permettre de s’intégrer : manque de moyens dans certains établissements scolaires ; absence de services publics ; police qui fait parfois preuve de racisme envers les jeunes, ce qui génère des rapports conflictuels ; mixité sociale qui n’existe plus dans certains quartiers. Sur ces échecs, des valeurs communautaires et l’intégrisme religieux se sont propagés.

Pour faire évoluer ces mentalités, que faire ? Combattre les discours intégristes et affirmer encore et toujours la laïcité, afin que ces adolescents puissent mettre à distance des injonctions rétrogrades. Mais ce n’est pas suffisant : les réputations se nichent dans l’intimité, dans les tabous autour du corps et de la sexualité.

Pour cela, l’éducation, à l’école, à l’égalité entre les filles et les garçons est primordiale, d’autant plus lorsque ces sujets sont passés sous silence dans les familles. Un formidable outil existe déjà : les séances d’éducation à la vie affective et sexuelle, prévues par la loi depuis 2001. Mais celle-ci est trop peu appliquée, par manque de moyens et de courage : de 15 à 20% seulement des établissements scolaires les mettent en place.

Il faut voir ce garçon de 14 ans répondre à la question « Comment sait-on si sa partenaire est consentante ? » par « Quand elle ne se débat pas (1) ! » pour appréhender tout l’enjeu de telles séances. De même que ces jeunes filles qui n’ont parfois que ces cours pour comprendre leurs droits, comment leur corps fonctionne, parler de règles, de contraception, et aussi, parfois, témoigner auprès d’un adulte des violences qu’elles ont subies.


Laure Daussy. Charlie hebdo. 01/05/2024


1. Séance citée dans le livre La Réputation (éd. Les Échappés).


Une réflexion sur “Violence de jeunes

  1. tatchou92 06/05/2024 / 22h58

    Nous sommes vraiment à la traine et même en recul.. il est grand temps de rattraper les retards d’information, puisqu’il y a théoriquement une infirmière scolaire dans chaque bahut..et les fameuses séances..
    Avec une de mes collègues, dans les années 60, nous avions participé à la formation théorique et pratique des futures aides soignantes de notre établissement. Il s’agissait de femmes dévouées, en poste d’agents d’entretien, qui donnaient un coup de main de temps en temps, et qui étaient intéressées..
    Un peu d’anatomie.. la question de la pilule contraceptive nous est posée, les dames n’osant en parler chez elles, ni en faire la demande à leur médecin.. encore moins dans leurs services, les postes de surveillantes étaient tenus par des religieuses de l’Ordre de Saint Vincent de Paul, certes sympathiques mais peu concernées..
    Nous avions alors pris contact avec une amie et collègue sage femme, intéressée, qui est venue à plusieurs reprises, pour « déminer » le terrain, expliquer le fonctionnement de la pilule et répondre de manière simple à toutes les interrogations de ces femmes, épouses, mères aussi d’adolescentes.. et d’adolescents.. Le tour de la question avait été fait.

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