Valérie Hayer

Pas connue, peu soutenue, la candidate de la Macronie aux européennes a le mérite de continuer à y croire alors que beaucoup, dans son camp, sont loin d’en faire autant.

Elle a tout d’une enfant sage, Valérie Hayer. Elle sourit, ne dit pas souvent « je », met bien gentiment ses mains sur la table, n’omet jamais de dire à quel point Emmanuel Macron l’inspire, parle avec aisance la novlangue des technos de Bruxelles. Elle évoque le « Pacte vert 2.0 » sur lequel elle a tant travaillé, enquille sur le « Pacte de stabilité et de croissance », veut un « Egalim agricole », parce que, assure-t-elle, « Egalim, ça parle à beaucoup de Français ». C’est en effet un sujet omniprésent à la table familiale.

Résultat : une certaine panique se lit dans les yeux des journalistes chargés de l’interviewer, houlà, pourvu qu’elle ne me fasse pas un tunnel sur les fameuses ressources propres de l’Union européenne, son sujet de prédilection, parce que, là, garanti, c’est direct le grand plongeon, rapport à l’Audimat. Mais il n’y a pas que l’Audimat qui plonge. Les sondages aussi. Ils sont aujourd’hui une épreuve chaque jour plus crainte par le camp macronien. Va-t-il sortir, celui, tant redouté, qui placera Raphaël Glucksmann devant Valérie Hayer ?

Pourquoi l’avoir choisie, elle ? La réponse est toute bête : parce qu’elle l’a voulu. « C’est une fille très ambitieuse qui, depuis qu’elle a été élue à Bruxelles, s’est mise dans la roue de Stéphane Séjourné, qui dirigeait le groupe Renew à Bruxelles. Quand Séjourné a été nommé au Quai d’Orsay, elle s’est senti des fourmis dans les jambes. Le Maire ne voulait pas y aller, Ferrand non plus, Véran avait d’autres plans, Le Drian ne s’y voyait pas, Schiappa non plus, Amélie de Montchalin n’a pas convaincu. Alors Séjourné a réussi à l’imposer », confie un eurodéputé. Mais c’est peu dire que l’Elysée ne la calcule pas.

Quand Macron a fait un déplacement à Bruxelles, après sa nomination comme tête de liste, il était évident que le contact ne passait pas. « Allez, Valérie, sois toi-même », lui serinaient ses communicants. La voilà donc qui se lâche sur Depardieu, expliquant que, « en tant que femme », elle s’est sentie « très mal à l’aise » après les déclarations d’amour du Président à l’acteur. « Macron n’a pas du tout, mais alors pas du tout apprécié qu’une quasi-inconnue tout juste nommée tête de liste et qui ne représente qu’elle-même se permette ce genre de propos », raconte un membre éminent de Renaissance.

L’Elysée a donc observé à son égard un silence glacial. Le « grand » discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe (25/4) a été élaboré sans elle. Sitôt écouté, sitôt oublié, il ne risque pas de booster une campagne qui patine.

Gabriel Attal est occupé ailleurs, et l’équipe de la candidate a bien autre chose à faire que de lui éviter une déroute : elle a ses propres ambitions. Clément Beaune, porte-parole de la campagne, se voit commissaire européen ou, à défaut, parlementaire.

Pieyre-Alexandre Anglade, directeur de campagne, défend sa place sur la liste. Officiellement, Hayer n’en a toujours aucune, de liste. Partout, c’est la foire d’empoigne. Bernard Guetta, dont le discours sur la Russie et l’Ukraine est jugé « daté » par les macronistes, s’est battu pour être numéro deux.

Pascal Canfin, ambitieux et bosseur mais dont le dogmatisme est un repoussoir pour bien des électeurs, menace de claquer la porte s’il n’est pas bien placé. Edouard Philippe et François Bayrou pèsent de tout leur poids pour imposer leurs candidats. Dans cette petite tambouille, la tête de liste n’a pas du tout son mot à dire.

Valérie Hayer voyage donc léger : une équipe occupée à autre chose, pas de liste, pas de programme non plus. « C’est la dernière roue du carrosse, et ce n’est pas étonnant de la part d’un parti et de gens qui ont toujours fait preuve d’une misogynie jamais vue depuis les années Pompidou, cingle une députée Renaissance très remontée. Hayer est seule, mal conseillée et insuffisamment entraînée aux débats médiatiques qui s’annoncent. Ça sera très facile ensuite de la part de cette clique de misogynes de lui faire porter le chapeau. » Jeune et ambitieux en Macronie, ça le fait, mais c’est tellement mieux quand on est un homme. « Elle a 38 ans, c’est une provinciale, fille d’agriculteurs de la Mayenne, ce serait tellement mieux si elle venait de la tech », ironise un député.

Bâillonnée, Hayer l’est d’autant plus que la direction du parti présidentiel (Séjourné, Dussopt) est aux mains de son aile gauche, qui rechigne, sans le dire, à aller au combat contre Glucksmann, pourtant son principal adversaire.

Sur le site Internet du parti, la photo de la tête de liste apparaît en grand. Sans son nom, sans que personne ne s’en offusque.


Anne-Sophie Mercier. Dessin de Kiro. Le Canard enchaîné 30/04/2021


2 réflexions sur “Valérie Hayer

  1. bernarddominik 07/05/2024 / 11h41

    Pour le casse-pipe il fallait quelqu’un qui ne soit pas du sérail.

  2. Pat 07/05/2024 / 20h11

    M Macron sait bien que, parfois, les nouvelles têtes ça paye quand on ne sait plus vers quel saint se tourner. En désespoir de cause, votez pour… ailleurs.

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.