Que cherche Macron à Nouméa ?

La réforme du corps électoral calédonien portée par la majorité macroniste a précipité la Nouvelle-Calédonie dans la violence. Décryptage avec l’anthropologue Christine Demmer.

  • Pourquoi la question de la démographie est-elle si cruciale ?

La Nouvelle-Calédonie est une colonie de peuplement : au XIXe siècle, le projet colonial français était d’établir un bagne, puis une colonie agricole. Les Kanaks ont été cantonnés dans des réserves, avec l’espoir qu’ils disparaîtraient.

Plus tard, au moment du boom du nickel à la fin des années 1960, la Nouvelle-Calédonie a vu arriver un afflux de population depuis la métropole et des outremers français. Les Kanaks se sont donc retrouvés en minorité.

À partir de ce moment-là, un mouvement autonomiste puis indépendantiste a émergé. Depuis 2007, seuls les habitants inscrits sur les listes électorales avant l’accord de Nouméa, signé en 1998, peuvent voter aux élections provinciales.

Ce « gel » permet aux Kanaks d’avoir une représentation plus forte pour pouvoir peser sur les décisions, sinon, ils seraient toujours perdants. Un dégel remettrait donc en cause les équilibres trouvés dans une logique d’équité et de décolonisation. Mais plus que la révision du corps électoral, c’est la méthode employée qui choque.

  • Pourquoi ?

Traditionnellement, les discussions avec le gouvernement français faisaient toujours primer le consensus et l’écoute des deux camps. Là, la dynamique a changé. Emmanuel Macron a pris fait et cause pour une Calédonie française, ce que ses prédécesseurs avaient toujours évité de dire.

  • Les jeunes militants ont-ils en tête la violence des années 1980 ?

Ils connaissent très bien l’histoire de leur pays. D’ailleurs, ils ne sont pas des délinquants, on n’est pas dans une situation d’émeute, mais dans une dynamique de décolonisation. Ces jeunes nationalistes vont sur le terrain pour protester contre la remise en question du processus qui était engagé jusqu’ici. Les Kanaks plus âgés ont connu la violence. Donc, ils font tout pour que leur jeunesse n’ait pas à revivre ça, et appellent plutôt à temporiser. À chaque fois qu’ils l’ont pu, les Kanaks ont préféré la voie du dialogue.


Élise Racque. Télérama. N° 3880. 22/05 2024


2 réflexions sur “Que cherche Macron à Nouméa ?

  1. tatchou92 23/05/2024 / 18h06

    Que ferions nous, à leur place ?

    • Libres jugements 24/05/2024 / 11h39

      Pour répondre : bien évidemment à la place des colonisés je serai en rebellions de voir que le sous-sol de mon pays profite à ceux qui colonisent laissant démuni les autochtones.
      Michel

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