N’a de maison que le nom, que la forme flottante des chambres.
N’a de chambre que le rideau qui bouge, le brouillard qui l’entoure et s’évapore en emportant les murs, la place ancienne des chambres.
N’a d’écho que les mots tracés à haute voix dans la buée, n’a de bruit que la porte qui claque et le battement de pluie sur la vitre. N’a de jardin que les ruines, n’a de bleu que la poussière. Parmi les débris de plâtre et de verre n’a de tombe que la lumière.
Moins nombreuses les nuits où les visages reviennent. Moins terribles des mots dont l’écho frappe encore la cloison. Tracés en l’air et remués, ils sont voués au souffle de sable qui les emporte, à s’écouler sans bruit au cours du fleuve, voués à retomber, à se noyer. Moins nombreux les pas marchant sur les pas de ceux qui s’étaient éloignés. Moins visible l’empreinte froissée des mains sur les chemises et les visages. Moins blessants les doigts. Moins brûlants les yeux. Ils ne voient plus le champ d’amandier. Il ne perce plus l’obscurité, n’éclairent plus de plein feu la chambre. Creusés de silence les visages amenuisent. Rejoignant la pierre coulée au fond du cœur, ils ne brillent plus, ne soulèvent plus que frêle remous, sourde peine. Ils ressemblent à des têtes d’épingles, et entre les mains qui les serrent, ils ne pèsent plus que leur poids de cendres.
Les anges, on les connaît. Ils posent leur manteau sur nos épaules quand le froid et la peur nous gagnent. Ils se dépêchent de nous protéger de la bourrasque, du sol glissant avant que le rebord de craie s’effondre dans le vide. Ils nous retiennent par la manche, d’un geste sûr, ils arrêtent le vertige. Ils nous caressent la joue et très doux, ils font figure de simples, d’éternels innocents. Ils prennent pour emblème la branche d’églantine, la fleur en charpie du cerisier japonais. D’un même élan, ils attirent puis dispersent l’éclat, la pâleur aveuglante. Ils accourent quand la tête heurte le mur, le déferlement au ralenti de la vague, d’un revers de main, ils balaient les paroles qui nous ont blessés. Les anges, on sait qu’ils étaient les premiers à consoler comme à asséner le coup de grâce. Les premiers à s’enfuir en chantant à tue-tête pour recouvrir le bruit de sable et pierres roulant dans un fracas, une poussière infernale.
D’après des écrits d’Anita J. Laulla Recueil « Les anges ne sont pas des anges ». Éd. Atelier de l’agneau.