… et se délabre entrainant la France sous son coude droit.
La « PÉRIODE de réserve » a commencé lundi pour les membres du gouvernement.
Pour les jours qui restent jusqu’au scrutin européen du 9 juin, elle les contraint à un régime strict et sec en matière de communication et de déplacements. Et à distinguer clairement, dans leur emploi du temps, ce qui est ministériel de ce qui est électoral et, donc, considéré comme militant.
Un exercice d’équilibriste du genre périlleux, alors que lesdits ministres sont fermement incités par Macron à aller au charbon pour soutenir la candidate maison, en péril dans cette élection. Bardella, même à la peine dans le débat face à Attal, n’en continue pas moins de grimper au firmament sondagier et de se voir créditer, avec 33,5 %, de plus du double des 16 % de Valérie Hayer, laquelle voit Glucksmann de plus en plus près de la dépasser. Mais pas de période de réserve pour Macron !
D’abord parce que, en tant que président, il n’y est pas soumis. Ensuite parce que, même si la majorité apparaît larguée depuis le début dans cette campagne européenne, lui se dit persuadé que, comme en 2019, où c’était déjà le cas, il pourra, en se démenant comme un forcené dans les derniers kilomètres, limiter les dégâts. Pour lui, tout est donc bon pour parler des européennes. Et, de Nouméa à Dresde, il y va sans réserve.
Il relance même, entre les deux, sa proposition de débattre lui-même avec Marine Le Pen avant le scrutin européen : « Si on pense que c’est une élection où se joue le destin de la France, ce que je crois, il faut débattre, je suis à sa disposition. La balle est dans son camp ». La balle a vite été renvoyée en touche par l’intéressée. Laquelle lui demande, pour accepter, de mettre en jeu sa démission ou, au moins, la dissolution en cas de défaite le 9 juin. L’important était d’en faire parler.
Même chose pour son voyage en Allemagne, avec, là encore, un récital au son de « réveillons-nous », comme à un meeting de campagne, car, « plus que jamais, l’Europe vit un moment décisif », le moment pour lui de resservir à Dresde des morceaux de son discours de la Sorbonne sur « l’Europe peut mourir si elle prend de mauvaises décisions », de mettre en Tarde contre la montée de l’extrême droite et d’enchaîner sur la défense européenne.
Et, après l’Allemagne, l’agenda français est chargé. Les cérémonies commémorant le 80e anniversaire du débarquement allié vont lui fournir plus d’une occasion de débarquer sur les lieux de célébration. Chaque cérémonie lui donnera l’occasion, au son du clairon, de parler d’Europe. Il y en aura pour tout le monde, demandez le programme !
Des maquisards de Plumelec à ceux de Saint-Marcel, des victimes civiles de Saint-Lô aux fusillés de la prison de Caen, en passant par un recueillement au cimetière de Ver-sur-Mer, un discours à chaque fois… Le tout en prélude à la cérémonie internationale à Omaha Beach, le 7 juin.
Et, le lendemain, à la veille du scrutin, visite d’État et réception à Paris de la guest star de ces commémorations, Joe Biden, le président américain en personne, qui n’échappera pas à un nouveau et long dégagement, européen, forcément. Ce n’est pas Macron qui s’impose dans l’agenda, c’est, répète-t-il sans rire, « l’agenda qui s’impose à [lui]. » Un agenda sans « période de réserve ».
Reste à savoir si cette campagne de Macron pour sauver à la fois la soldate Hayer, et, surtout, la fin de son quinquennat à l’Élysée, peut encore opérer. Le pronostic reste évidemment plus que « réservé » !
Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 29/05/2024