Éducation. Laïcité s’oppose au prosélytisme cultuel

Les jeunes ont-ils un problème avec la laïcité, comme on l’entend souvent ? L’école rate-t-elle sa mission de transmission ?

Les réponses de Charles Mercier, auteur, en décembre, avec l’historien Philippe Portier, d’une enquête sur le rapport des jeunes Français à la laïcité. (1)

Les nouvelles générations sont-elles moins attachées à la laïcité que leurs aînées ?

Il faut nuancer cette idée de « rupture générationnelle ». Les jeunes adhèrent au contraire très largement à l’esprit de la loi de 1905, le texte fondateur de la laïcité en France : l’État est séparé des religions et neutre à l’égard des convictions, pour garantir la liberté de conscience et de culte des citoyens.

En revanche, ils sont nettement plus critiques vis-à-vis de la loi de 2004, qui interdit aux élèves des écoles publiques le port de signes religieusement ostensibles. C’est donc l’extension vers le public scolaire de l’impératif de neutralité que les jeunes générations contestent davantage que leurs aînées. Par ailleurs, 6o % des jeunes âgés de 18 à 3o ans considèrent que le mot « laïcité » est brandi par certains politiques et journalistes dans le but de discriminer les musulmans.

Il est souvent demandé à l’école de résorber ce « décalage » générationnel…

Un discours dominant soutient que l’école est défaillante, et pourtant, aucune autre génération n’a été autant sensibilisée à la laïcité. Ce n’est pas que les jeunes ne la comprennent pas, mais plutôt qu’ils se l’approprient différemment.

Plutôt que de balayer d’un revers de main les incohérences qu’ils pensent percevoir, mieux vaut se placer sur le terrain historique, juridique et politique : expliquer que les représentants de la nation, dépositaires de la souveraineté populaire, ont voté une loi pour mettre fin à des situations de conflit dans des collèges et des lycées.

Que tout le monde doit respecter ce cadre normatif, car personne n’est au-dessus des lois. Et que chacun a la possibilité de s’engager politiquement pour les faire évoluer. La laïcité n’est pas figée à jamais.

Et cela fonctionne ?

Quand on leur explique qu’il y a un cadre avec lequel ils ne sont pas obligés d’être d’accord en tant que citoyen, mais qu’ils doivent respecter en tant qu’élève, l’atmosphère se détend.

Bien davantage, en tout cas, que lorsqu’on cherche à leur imposer un catéchisme républicain, à leur assener des « valeurs » auxquelles ils devraient prêter allégeance, « la main sur la poitrine », pour être de bons citoyens et ne pas sombrer dans une forme de séparatisme.

Si le corps enseignant se crispe parfois, n’est-ce pas parce qu’il fait face à une violence croissante ?

Le niveau de violence augmente et sa médiatisation s’intensifie. L’idée d’une école « forteresse assiégée » se répand. Mais la situation est extrêmement contrastée d’une région ou d’un établissement à l’autre. Et les discours liant vio­lence et radicalité religieuse reposent sur des données fragiles.

Il y a bien des travaux sur le climat scolaire, des rapports de parlementaires basés sur des auditions d’enseignants, de responsables de l’Éducation nationale, d’experts…

Mais comparativement, au Québec, par exemple, où le monde académique, les sciences sociales et l’institution scolaire coopèrent pour éclairer l’action publique, l’étude de la laïcité scolaire reste en France assez cloisonnée et parcellaire.

Nous ne disposons pas d’une véritable enquête statistique pour objectiver la situation à l’échelle du pays.


Propos recueillis par Marc Belpois. Télérama n° 3881. 29/05/2024


  1. Enquête réalisée en juin 2023 avec l’institut Kantar, qui a sondé un échantillon de 1000 jeunes âgés de 18 à 30 ans.

3 réflexions sur “Éducation. Laïcité s’oppose au prosélytisme cultuel

  1. bernarddominik 30/05/2024 / 13h33

    Le problème avec l’islam c’est que cette religion n’est pas universelle: elle apporte avec elle les us et coutumes de l’Arabie. Donc adhérer à l’islam c’est adopter le mode de pensée et de vie des arabes. Or ce mode de vie est très loin du notre et souvent non conforme à nos lois. On le voit très bien en Iran Aghanistan Pakistan, pays de culture très ancienne, qui ont abandonné leur écriture, leurs vêtements, et en partie leur nourriture, pour adopter l’arabe et l’arabisme.

    • Libres jugements 30/05/2024 / 14h44

      Mais bon sang, il n’y a pas que l’islam qui attaque la laïcité, certes ce culte fait actuellement plus les faits divers que d’autres, mais catholique, protestant, israélite, etc, veulent tous la destruction de l’école laïque — ce qui au passage arrangerait le budget de l’État français, donc les gouvernements laissent sournoisement faire — et ne pas vouloir s’en rendre compte au prétexte que des confessionnaux entre autres étaient encore présents dans les écoles il y a 70-50 ans…
      Le seul brassage de la population restant (après la dissolution d’un service militaire d’appelés), est dans l’école laïc.
      Michel

      • tatchou92 31/05/2024 / 0h51

        Dommage en effet que le service militaire ait été supprimé, c’était aussi d’après ce que me disaient, mon frère, mes cousins et mon conjoint : « une école de la vie, de la vie en commun, ,avec un brassage de population, et une ouverture pour ceux qui n’étaient pas sortis du giron familial.. Mes cousins en ont profité pour passer les permis de conduire les automobiles et camions, validés pour la vie civile (une belle économie financière..) Je ne parle pas des périodes de conflit, qu’ont connues nos grands pères, pères, frères au cours du siècle dernier.. On parle maintenant de service civique y compris pour les filles.. sur quelles bases ? quel apport pour ces jeunes ? et après ?

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