De Sainte-Anne… à l’Académie française

Explication : L’élection du psychiatre Raphaël Gaillard à la Coupole réjouit ses collègues de l’hôpital parisien, ravis de le voir prendre du champ.

La coupole s’est offert un benjamin très vert. À 47 ans, Raphaël Gaillard, qui, depuis 2011, dirige le pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l’hôpital Sainte-Anne et de l’université Paris Cité, a été élu, le 25 avril, plus jeune immortel à la place de Giscard, ex-président de la République. En 2022, l’auteur d’« Un coup de hache dans la tête — Folie et créativité » (Grasset) avait opportunément reçu des mains d’Hélène Carrère d’Encausse le prix Jacques de Fouchier, décerné par l’Académie.

Il connaissait feu le secrétaire perpétuel, il avait soigné son fils, Emmanuel, à Sainte-Anne, comme le raconte ce dernier dans « Yoga » (P.O.L., 2020). Il se dit par ailleurs ami avec Florence Delay, Frédéric Vitoux et Jean Clair (« Le Figaro », 10/5).

Chaque année, il soigne les académiciens en les invitant au congrès de l’Encéphale, qu’il dirige. Gaillard a bien préparé son coup de hache sur la Coupole. Mieux, en tout cas, qu’Isabelle Autissier, qui avait aussi des vues sur le fauteuil. La navigatrice-romancière s’est sabordée « en bâclant en dix lignes dignes d’une élève de CM2 », selon le mot d’un destina­taire, sa lettre protocolaire aux immortels. Un vrai naufrage…

Bien soigné !

L’élection de Gaillard a fait beaucoup d’heureux chez ses collègues psychiatres de Sainte-Anne. « C’est notre seule chance de nous débarrasser de son joug… et tant pis pour l’Académie française ! » se réjouit un médecin. Un autre, qui se « garde bien, en tant que psychiatre, de diagnostiquer le professeur Gaillard », décrit sans retenue un homme « parano », « condamné à la folie », « mégalomane », sujet à des « bouffées délirantes » et professant « un mépris pour tout ce qui n’est pas de lui ». C’est beau, la confraternité !

Tous les toubibs du prestigieux hosto réclament l’anonymat pour dresser le portrait du nouvel académicien. « En parlant, je risque ma peau. Il a construit sa carrière médicale comme une carrière politique », s’inquiète une prof.

Gaillard a de l’entregent. Il préside la Fondation Pierre-Deniker pour la recherche et la prévention en santé mentale, est vice-président du conseil départemental de l’Ordre des médecins de Paris et chevalier de l’ordre national du Mérite. En 2011, il a rendu à Valérie Pécresse, alors ministre de l’Enseignement supérieur, un rapport sur l’évolution du statut hospitalo-universitaire.

Il a été reçu à plusieurs reprises par Brigitte Macron, et un ex-ministre de la Santé confirme au Volatile qu’il est « un interlocuteur privilégié du ministère ». Raphaël Gaillard se vante même au « Point » (7/5) d’avoir refusé d’intégrer plusieurs cabinets… Il manquerait plus qu’il raconte avoir soigné Macron !

Médecins sous camisole

L’homme, on l’aura compris, a aussi pas mal d’ennemis. « Je ne connais pas un psychiatre qui ne soit pas gravement fâché avec Gaillard. Les médecins partent alors que les patients ont besoin de stabilité », diagnostique un médecin de Sainte-Anne. Depuis son arrivée à la tête du pôle, cinq chefs de service ont fait leurs cartons. L’une d’entre eux a même été « exfiltrée » avec son équipe après un conflit avec lui.

À la suite d’une engueulade devant témoins, sa remplaçante a connu le même sort. Une enquête interne a été lancée, dont les conclusions sont restées au placard — l’administration jugeant que le professeur Gaillard exerçait simplement « un management un peu rugueux ».

Moins pudiques, d’autres dépeignent un homme « violent, vindicatif harcelant », capable d’user de « méthodes de voyou ». « On se planque tous en attendant d’avoir la possibilité de témoigner un jour devant un juge », confie un toubib. Vite, un électrochoc ‘

Gaillard a d’autres antécédents à son actif. À l’automne 2019, une patiente de Sainte-Anne harcèle son épouse. Inquiet, le psychiatre tente, en toute illégalité, d’accéder à son dossier médical et de la faire hospitaliser sous contrainte (« Libé », 10/2/21).

Il inonde de mails le service du docteur Marcel — qui a la charge de la patiente et remet en question son expertise. La campagne de dénigrement ainsi orchestrée aura raison de la prolongation du docteur Marcel dans ses fonctions. « Un assassinat professionnel », écrit l’un de ses collègues à la direction.

En 2021, ledit docteur meurt subitement, à 67 ans. Son frère, Dominique, ancien directeur de cabinet de Martine Aubry au ministère du Travail, réclame une enquête à l’hôpital, à l’agence régionale de santé et au ministère concerné. Peine perdue. Depuis, les médecins de Sainte-Aime travaillent un peu sous camisole de force.

L’intéressé n’a pas répondu au « Canard ». Ses proches fustigent la « jalousie des confrères face à la réussite ». Peu lui en chaut, le voici désormais académicien.

Les coups peuvent pleuvoir : il est immortel.


Fanny Ruz-Guindos. Le Canard enchaîné. 15/05/2024


Une réflexion sur “De Sainte-Anne… à l’Académie française

  1. tatchou92 23/05/2024 / 18h15

    Bon vent..

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