Qui trop embrase…

Ce n’est pas une nouveauté, jouer avec le feu est un exercice que chacun sait dangereux, mais qui continue d’être pratiqué avec intensité.

L’Iran, qui a lancé le déluge de feu contre Israël, pardon, contre le « régime du diable », ainsi que le nomme l’ayatollah Khamenei, est un habitué du jeu.

Les mollahs vengeurs qui ripostaient à l’attaque de drones contre leur ambassade à Damas pour y éliminer des gradés des Gardiens de la révolution islamique ont certes pris des précautions. Ils ont laissé filtrer à l’avance leurs intentions et modéré le rôle de leurs amis du Hezbollah libanais et des Houtis yémenites, auxquels ils délèguent d’ordinaire la partie.

Mais, en menant directement contre Israël une attaque sans précédent, avec l’envoi de près de 200 drones et de 150 missiles samedi dernier au soir, ils ont attisé le danger. Ils ont fait courir, non seulement à la population iranienne, qui endure déjà leur régime, les sanctions et une grave crise économique, mais aussi au Moyen-Orient, le risque le plus grave du jeu en question : celui de l’incendie qui peut à tout instant virer à l’embrasement.

Le chef des Gardiens de la révolution a beau faire part de son intention de ne pas « poursuivre cette opération », et Tsahal, avec le Dôme de fer et l’aide des États-Unis, de l’Angleterre et de la France, mais aussi de la Jordanie et, moins directement, de plusieurs pays du Golfe, avoir intercepté 99 % des tirs visant l’État hébreu, le risque court toujours. Et il est plus que sérieux, car le feu couve encore et ne demande qu’à reprendre.

Toutes les conditions sont réunies avec une riposte aussitôt annoncée qui laisse peu de place au doute, même si pareilles déclarations font aussi partie du jeu. Les interrogations portent évidemment sur la nature et l’ampleur de la riposte en question, qui peuvent entraîner l’embrasement. Et, surtout, sur les moyens de l’éviter.

Cette nécessité d’une désescalade fait la quasi-unanimité chez les alliés d’Israël, à commencer par les Etats-Unis, dont le soutien financier est vital au pays, et d’où Biden a fermement conseillé à Netanyahou de « réfléchir attentivement » avant de se lancer dans une opération de représailles susceptible de dégénérer et d’étendre en brasier le conflit. Les Anglais et Macron ont également appelé à la modération.

Mais il en va bien sûr différemment au sein du gouvernement israélien où, pour les durs, il n’est pas question de se contenter, comme d’une victoire, de l’interception réussie de tous les tirs iraniens. Ces durs extrémistes estiment que « la retenue et la modération ont abouti au 7 octobre » et exigent des « représailles massives » pour « réimposer le pouvoir de dissuasion » du pays.

Tandis que les plus modérés plaident, de leur côté, pour la nécessité impérieuse de préserver le soutien américain en prenant en considération les pressions de l’administration Biden et des alliés de la région et européens pour calmer le jeu.

Netanyahou, qui tient son pouvoir des premiers, et reste sur la ligne dure et maximaliste à Gaza, où il envisage toujours de mener un assaut contre Rafah, n’a pas encore tranché. Alors que continue cette guerre qu’il n’a pas gagnée en ramenant les otages et en éradiquant le Hamas, comme il l’avait promis, c’est à lui de jouer avec le feu.

De prendre le risque de l’étendre ou celui, qui en est un pour lui, de la faire cesser. La seconde hypothèse, on l’aura compris, ne semble malheureusement pas d’une brûlante actualité.


Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 17/04/2024


2 réflexions sur “Qui trop embrase…

  1. bernarddominik 18/04/2024 / 13h49

    Israël n’a réussi qu’à se mettre la quasi totalité des pays contre lui avec sa guerre contre Gaza. Quant à l’Iran on a bien compris que les diatribes étaient plus sa spécialité que la guerre.

  2. tatchou92 18/04/2024 / 14h21

    Aimez vous les uns les autres » disait Jésus, le Roi des Juifs crucifié…

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