
Et l’ange colère, il fallait l’empêcher de frapper du poing sur la table et hurler plus fort que tous les vents du diable. Il fallait l’attraper par la manche et l’asseoir sur la chaise basse, doigt sur les lèvres, il fallait réclamer le silence. Qu’il cesse de se battre avec les ombres dansant sur le mur ou tournant en farandole autour de lui. Il fallait lui apprendre à jouer sans briser les figurines. Il fallait que s’efface le mot enfer de la marelle, celui de guerre dans le sillage des cerfs-volants. Il fallait calmer la rage. Lui apprendre à servir le thé dans les tasses à grain de riz sans rien renverser, sans casser la porcelaine. Lui apprendre à parler sans crier que rien ni personne ne l’empêche de se lever et bondir dehors. Il fallait lui taper sur les doigts pour qu’il se tienne mieux. Il fallait que cesse la comédie. Et l’oiseau de malheur, il fallait l’attraper par le cou, le triste chérubin, le serrer dans ses bras. Avant que le toit se soulève, la cloison de papier, avant qu’elle ne s’ouvre et découvre le paysage, le tourbillon de poussière et de gravats, il fallait le consoler. Et l’ange ouragan, il fallait le retenir.
Anita J. Laulla. Recueil « Les anges ne sont pas des anges » (extraits). Ed. l’Atelier de l’Agneau
On ne voit guère d’anges sourire dans les représentations, hormis celui célèbre de la cathédrale de Reims, qui accueille les fidèles, visiteurs, touristes..