Quand ce système brutal qu’on essaie d’apprivoiser,
Nous aura vidés de nos âmes et de nos dernières bonnes idées,
Il nous restera ça
Quand les mythos d’en haut auront fait élire les chiens,
Que la culture et l’ouverture seront des souvenirs lointains,
Il nous restera ça
Quand on sera tous endormis par les discours des marchands de sable,
Et qu’on n’aura que nos utopies pour raconter nos propres fables,
Il nous restera ça
Quelques papiers griffonnés, quelques rimes à enrichir
À la face d’un monde hanté par un futur sans avenir,
On pourra dire qu’on a tenté de s’ouvrir un peu une veine
Pour faire couler une encre honnête, avoir mal pour être soi-même,
On essaiera de se souvenir pourquoi on a commencé ça,
Retrouver l’urgence d’écrire le plus important c’est ça
Être soi-même malgré tout, naïf, décidé, bavard
On absorbera les mots en trop sur un bout de papier buvard
On essaiera de se souvenir qu’on a fait ça sans calculer
On a noirci sans rougir tout ce qu’on trouvait d’immaculé
Comme un réflexe dérisoire, c’était bon quand j’y pense
On a rempli des pages comme tu t’es rempli la panse
Certains diront que ça ne sert à rien, mais qui pourra nous raisonner
On sera toujours plus d’un à continuer de faire raisonner
Quelques cordes vocales têtues qui ne feront pas leur âge
Tels des poètes torse nu un peu perdus dans l’orage
Dans la tempête où le chiffre a pris le dessus sur le verbe
On se sent bien à nos places un peu comme un poisson dans l’herbe
Personne ne peut le cacher, on a la rime anachronique
Dans ce monde de 4G, on cherche les cabines téléphoniques
Sans réseau, sans raison comme le roseau, nous plions
Hors fuseau, hors saison, nos dernières forces, nous trions
Pour arroser encore la source qu’on ne laissera pas tarir
Et même les deux pieds dans l’eau, on entendra encore nos rires
On entendra encore nos joies, on entendra encore les cris
Ceux des vrais, ceux des enfants qui nous font croire à l’envie
L’envie de regarder au-dessus voir qu’il y a encore des étages
Et qu’ils pourront y grimper avec en poche cet héritage
Ces quelques mots ces quelques textes qui nous aident à penser
Qu’on n’a pas fait tout ça pour rien, qu’y aura une trace du passé
Il leur restera ça ces quelques moments choisis
Dans ce monde de brutes, quelques grammes de poésie
Grand Corps Malade
Un texte magnifique !
Il n’y a pas que des cancres, des vandales dans le 93.. il ya aussi des poètes talentueux, et Fabien en est un grand. Il a su oublier .. et faire entendre son talent, ..
Merci Michel pour cette publication