« Les Fiches du cinéma », publiées depuis 1934, qui s’enorgueillissent du titre de plus ancienne revue cinématographique de France, vont-elles passer l’hiver ?
Un édito du 3 janvier résume le paradoxe : un stock de 42 000 fiches sur tous les films sortis en France depuis quatre-vingt-dix ans, mais plus que trois mois de trésorerie…
L’échéance financière a été repoussée à fin avril, et des pourparlers vont bon train avec des acteurs de tout acabit : banquiers, distributeurs, plateformes de films d’auteur, sites Internet généralistes… Tous lorgnent avec intérêt les data qui ont fait la réputation des « Fiches », notamment les résumés intégraux (du début à la fin) de toutes les œuvres recensées et leurs fiches techniques, outre les critiques qui les complètent.
L’association qui édite la revue depuis 2003 a fait numériser ce stock et a constitué une base de données, désormais en accès libre pour les 700 abonnés payants (52 euros pour les particuliers, 88 euros pour les professionnels). Il ne faudrait que 500 abonnés payants supplémentaires pour rétablir l’équilibre, mais ni les exportateurs, ni les facs, ni les institutions ne veulent cracher au bassinet.
Tout un tas de data
Il s’agit, dès lors, de valoriser la base de données, sans pour autant que la revue qui les édite perde son âme et son indépendance éditoriale, face à certains groupes intéressés.
La voilure a pourtant été resserrée au minimum : ce sont une vingtaine de bénévoles qui rédigent les fiches, mais ils peuvent se rattraper en étant payés sur les partenariats, avec des festivals notamment. L’association ne compte plus que trois salariés, et la rédaction n’a plus de locaux depuis quelques mois… Quant à la version papier, lâchée par l’éditeur historique Actes Sud, elle n’est plus publiée depuis 2018.
Depuis, « Les Fiches du cinéma » se trouvent à la merci des aléas. Le Covid, qui a freiné les sorties de films, a, par contrecoup, fait baisser la redevance payée par des sites institutionnels comme le CNC ou la Cinémathèque, au prorata des résumés empruntés ou cités. De même, le groupe Prisma, qui a racheté « Télé Z » en 2021, a mis fin au forfait annuel de 20 000 euros payé pour citer les résumés des « Fiches ». Résultat : 30 000 euros de trou dans le budget annuel de 100 000 euros… et une revue qui bat de l’aile malgré son trésor de la Sierra Madre (les 42 000 fiches numérisées) sur lequel elle est assise.
Ne reste plus qu’à trouver l’investisseur miracle qui, descendant de sa diligence et sans coup férir, viendra sauver cette belle en perdition !
Article signé des initiales D. F. Le Canard enchaîné. 14/02/2024
Tristesse..