Les oubliés des médias…

Ou : « Y en a que pour Netanyahou » et ses extrémistes religieux, dans la presse…

Au 31 janvier 2024, le secrétaire général adjoint de l’OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU) faisait état de plus de 26 000 morts à Gaza et plus de 65 000 blessés : parmi eux, l’Unicef recense :

  • plus de 5 350 enfants tués,
  • 10 787 blessés
  • des milliers d’autres portés disparus.

Gaza est dévastée. Alors qu’un tapis de bombes s’abat sans discontinuer sur l’enclave palestinienne, anéantissant toujours davantage d’infrastructures civiles, plus de 60 % des unités d’habitation sont détruites ou endommagées.

Les ONG dénombrent près d’1,9 million d’habitants contraints aux déplacements forcés. Famine et épidémies surviennent à mesure que persiste le siège israélien : selon l’OMS, « l’ensemble de la population — environ 2,2 millions de personnes — est confrontée à une situation de crise ou d’insécurité alimentaire aiguë » et seulement 14 des 36 hôpitaux fonctionnent encore, quoique partiellement.

Le 1ᵉʳ février 2024, des experts de l’ONU comptent plus de 120 journalistes et professionnels des médias tués depuis le 7 octobre 2023, tandis que leurs confrères étrangers sont toujours interdits d’accès à la bande de Gaza.

Sur la même période, l’Unrwa recense 367 Palestiniens tués dont 94 enfants — en Cisjordanie, territoire occupé où s’intensifient les arrestations, les agressions et les spoliations.

Le 26 janvier 2024, la Cour internationale de justice reconnaissait un risque de génocide à Gaza et édictait une série de mesures conservatoires à l’attention de l’État d’Israël, en s’appuyant sur de nombreux rapports, dont un communiqué de trente-sept experts de l’ONU qui s’alarmaient, dès le 16 novembre 2023, d’une rhétorique « visiblement génocidaire et déshumanisante maniée par de hauts responsables gouvernementaux israéliens ».

Face à une telle situation, la complaisance, l’indifférence, la partialité, l’occidentalo-centrisme et le déni de nombreux grands médias français sont proprement sidérants. Et si l’on ne saurait les confondre ou les taxer indistinctement d’indignité, les exemples illustrant l’incurie du débat public français sont légion.

La couverture de ce numéro est l’œuvre du dessinateur palestinien Mohammad Sabaaneh, auteur, notamment, du roman graphique Je ne partirai pas. Mon histoire est celle de la Palestine (éditions Alifbata, sept. 2023).

Il y écrivait : « La situation telle qu’elle est présentée quotidiennement par les médias est trop souvent distante et déshumanisée. Or, voir nos histoires réduites à des chiffres et des statistiques me rend triste. La vie d’un Palestinien s’apparente à un parcours infernal entre les contrôles incessants aux checkpoints et les prisons. C’est ça, la réalité de la colonisation de peuplement et ses conséquences sur nous autres qui avons eu la mauvaise idée de naître ici. Ce livre espère traduire les gros titres de journaux en bribes de vie incarnées et illustrées, ce qu’est le quotidien d’un Palestinien ».

Un avant-propos qui résonne comme un contre-modèle du traitement médiatique sévissant en France, mêlant propagande de guerre, déshumanisation et doubles standards permanents.


Éditorial – Revue N° 49. Médiacritiques. Ed Acrimed



Une réflexion sur “Les oubliés des médias…

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.