Je quitte aujourd’hui mes fonctions de recteur de l’académie de Paris, quand notre École est en proie au doute et que la situation exige pourtant une mobilisation de chacun de ses acteurs. »
C’est peu de dire que la lettre de démission de Christophe Kerrero, postée sur X le 2 février 2024, a eu l’effet d’une bombe — une de plus sur la tête d’Amélie Oudéa-Castéra. Car c’est bien une nouvelle boulette d’« AOC » qui a précipité le départ du recteur.
Le 31 janvier, elle a en effet annoncé, lors d’une réunion du Conseil supérieur de l’éducation, un moratoire sur la fermeture de quatre classes prépa parisiennes. Et cela sans prévenir Christophe Kerrero, qui portait ce projet — très décrié — de fermeture de classes, accompagnée de l’ouverture de trois autres, à la rentrée prochaine, dans l’objectif d’y introduire davantage de diversité sociale.

Kerrero a-t-il préféré prendre les devants ?
L’ancien directeur de cabinet de Jean-Michel Blanquer n’est en effet pas dans les petits papiers de Gabriel Attal, qu’il a fréquenté du temps où celui-ci était secrétaire d’État auprès de l’ex-ministre de l’Éducation. Il faut reconnaître que le recteur d’académie a œuvré en faveur de la mixité sociale à Paris en réformant, à l’hiver 2020-2021, la plateforme Affelnet, qui permet de gérer l’affectation des élèves de troisième dans les lycées.
« En l’espace de deux ans, la ségrégation sociale des lycées publics de la capitale, qui était supérieure de 15 % à la moyenne des autres académies, est devenue inférieure de 26 % à cette moyenne », soulignent les économistes Julien Grenet et Pauline Charousset (« Le Monde », 2/2). Las ! comme le rappelle le site éducatif Le Café pédagogique (5/2), cette réforme a aussi « préservé le séparatisme social des plus privilégiés, qui se replient dans (…) les lycées privés », puisque ceux-ci n’étaient pas concernés par la procédure Affelnet.
Côté cour, Kerrero se présente donc en héros de l’école républicaine. Côté jardin, il siège au conseil scientifique de la très libérale Fondation Ifrap, qui ne jure que par la réduction des interventions de l’État. Et qui, dans ses notes consacrées à l’éducation, propose de « faciliter le financement des écoles hors contrat » ou de rémunérer les profs en fonction de leur « performance », mesurée — tenez-vous bien ! — à travers les « échos des parents d’élèves », « voire, plus directement, le jugement des élèves eux-mêmes sur l’enseignement qu’ils reçoivent » (« Marianne », 27/7/20).
Christophe Kerrero, encore un adepte incompris du « en même temps »…
Article signé des initiales C. B. Le Canard enchaîné. 07/02/2024
Le recteur reviendra-t-il sur sa démission, le ministre ayant été débarquée ?
Bon courage, bonne résistance aux chefs d’établissements publics, aux professeurs, aux élèves et à leurs parents.. qui ont besoin de soutien, de renfort, de solidarité… » Il y a du pain sur la planche »…. Vive l’école publique, gratuite, laïque, ouverte à tous les enfants.
Oui il y a.bien un côté recto et un autre verso. Étrange personnage.