Conscient, que d’en parler lasse…

… pourtant si nous étions à la place des Ukrainiens, nous attendrions des États voisins, d’abord une aide concrète pour les civils, ensuite que les engagements en fournitures militaires, soient tenues plutôt et qu’un lâchage de cette envergure… qui parle encore de solidarité inter-État européens. Qui peut garantir qu’il n’y aura pas d’expansions annexions d’autres pays dans cette zone ? Que feront — devront faire — les États… et l’OTAN ? MC

Deux ans déjà d’une sale guerre contre le peuple ukrainien qui fait des milliers de morts, qui détruit des services. Depuis quelques jours, nous assistons à une inquiétante escalade internationale. Que nous prépare-t-on ?

 […] Alors que le conflit entre dans sa troisième année, les chaînes de télévision et les antennes de radio le couvrent de moins en moins.

Aux JT de 20 heures, les sujets consacrés à l’Ukraine ont été divisés par 3,6 depuis le 24 février 2022, et divisés par 2,5 dans les matinales radio, rapporte dans une infographie éclairante La Revue des médias.

En cause, notamment, une lassitude des téléspectateurs liée à une forme de fatigue informationnelle, mais aussi l’enlisement du conflit dans une guerre de position parfois difficile à narrer. Pour y faire face, les journalistes cherchent le ton et le tempo le plus juste pour continuer d’informer sans lasser ni noyer le public dans un flux continu d’informations.

« Les rédacteurs en chef essaient de se mettre à la place des téléspectateurs, explique Dorothée Olliéric, grande reporter à France Télévisions actuellement en Ukraine. Il y a une lassitude évidente de la part des Occidentaux. On ressent la même chose sur le terrain, côté ukrainien. Personne ne s’attendait à une guerre si longue et meurtrière. » Dans les premiers jours du conflit, le rythme des rédactions épouse la stupéfaction collective. « On programmait deux sujets par jour. Aujourd’hui, on réduit un peu la voilure, en fonction des événements », poursuit la journaliste.

Certains sujets restent parfois plusieurs jours dans les tiroirs avant d’être diffusés au 20 heures, alors qu’ils passaient immédiatement à l’antenne quelques mois plus tôt. […]

Quand la guerre dure

 […] Pour le directeur de l’information internationale de Radio France, Franck Mathevon, « feuilletonner » le conflit reste le meilleur moyen de susciter l’intérêt chez les auditeurs. […]

Sur le terrain, les journalistes craignent parfois de ne pas réussir à raconter la guerre « autrement ». « Quand je suis partie en mission en Ukraine, j’étais terrorisée à l’idée de n’avoir plus rien à raconter. J’avais l’impression que tout avait déjà été très bien couvert par mes prédécesseurs », se souvient Claude Guibal, grande reporter au service international de Radio France.

Cette peur serait aussi vieille que la couverture des conflits.

« On s’est posé les mêmes questions lorsque l’on traitait les guerres de Yougoslavie, en Afghanistan ou en Irak, rembobine Michel Scott, grand reporter à TF1. Lorsque les conflits durent, on s’efforce de trouver des temps forts pour en parler. Vous ne remplissez pas votre mission d’information si vous noyez le téléspectateur dans un flux continu d’infos. »

Pour le 20 heures de TF1, la rédaction choisit ainsi des « moments forts », qui deviennent autant d’occasions de recontextualiser les événements. « Il faut faire comprendre aux gens que s’il n’y a pas eu de reportage pendant un mois, ça ne veut pas dire que les choses se sont arrêtées. Au contraire », poursuit-il.

Pour ne pas se répéter, les journalistes doivent chercher des « histoires » moins évidentes que le reportage dans les tranchées. « Puisque les rédactions diffusent moins de sujets qu’au début de la guerre, il faut prendre le temps de faire des choses plus difficiles à monter.Cela peut ressembler à une contrainte, mais en réalité, ça permet de réaliser des productions plus abouties, plus complexes », juge Marc de Chalvron.

Quitte, parfois, à s’éloigner du front et à donner la parole à d’autres témoins, tout aussi touchés par la guerre. « J’essaie de montrer que la souffrance, la peur et l’horreur sont tout aussi présentes qu’au début, sans être sur le champ de bataille, avec les balles qui sifflent aux oreilles », explique Dorothée Olliéric.

À force de missions de plusieurs semaines en Ukraine, les journalistes apprennent à connaître plus finement le pays et ses habitants.  […] Gwendoline Debono, qui officie à LCI, une chaîne d’info dont le traitement du conflit est au cœur de la ligne éditoriale, constate que, avec l’expérience, il est de plus en plus aisé de « trouver des idées de sujets à traiter ».

 […]

Si elles font le pari d’en parler parfois moins mais mieux, les rédactions jurent ne pas abandonner l’Ukraine.  […]


Emma Poesy. Télérama. Source (Extraits)


2 réflexions sur “Conscient, que d’en parler lasse…

  1. bernarddominik 26/02/2024 / 19h31

    Personne ne croit à une victoire de l’Ukraine.
    L’opinion occidentale est très volatile.
    Trump est donné gagnant aux élections américaines, et il n’est pas chaud à risquer une guerre avec la Russie alors que sa priorité est la Chine.
    Zelensky veut faire croire que Poutine est un Napoléon bis, et nos médias jouent ce jeu, malheureusement pour Zelensky l’opinion publique ne le croit pas. Zelensky et Poutine sont dans une impasse, si ce n’est que la Russie occupe 20 % du territoire de l’Ukraine.
    Les sanctions occidentales n’ont que peu d’effet sur un pays aussi grand et aussi riche, en plus que ses voisins n’ont aucun intérêt à appliquer les sanctions. Alors que faire ?
    Il n’y a qu’une porte de sortie : la négociation, ce qui signifie des concessions.
    Alors, il y en a qui crient « et les droits de l’homme ? », il n’y a qu’à regarder la répression tant en Ukraine qu’en Russie pour comprendre que les droits humains tous s’en tapent.

    • Libres jugements 27/02/2024 / 9h36

      Il semble difficile à tout à chacun de rester de marbre devant un tel commentaire Bernard, un commentaire que ne renierait pas, toutes celles et tous ceux qui oublient, négligent, les droits des peuples à vivre en autonomie.
      L’image que les médias concupiscents — hors, voire anti-ukrainienne — s’ingénient à donner à Zelensky n’est — apparemment — pas celle observée par la population de ce pays qui rappelons-le, a été envahi par la Russie.

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