… Gaël Perdriau, ce « drôle d’oiseau », maire LR de Saint-Etienne !
De l’argent public détourné… et le procureur s’esquive prudemment.
Ce fut l’un des grands feuilletons politico-judiciaires de 2023, et l’année qui commence pourrait l’enrichir ! Un polar chabrolien où se mêlent chantage, sexe, argent et élections. Dans le rôle principal : Gaël Perdriau, le maire (ex-LR) de Saint-Etienne, qui se rêvait ministre de Macron.
Résumé de la saison précédente : l’édile et ses complices ont tendu, en janvier 2015, un piège à l’ex-député centriste Gilles Artigues en le filmant en compagnie d’un escort boy dans un hôtel parisien (Mediapart, 26/8/22). Objectif : éliminer publiquement un rival. Classe.
En avril dernier, Perdriau, son dircab, un adjoint soupçonné d’avoir réalisé la vidéo et un communicant ayant organisé le tournage sont mis en examen, notamment pour chantage. Tous vont devoir retourner voir les juges prochainement.
En effet, Gilles Rossary-Lenglet, le communicant en question, a fourni à la justice un enregistrement qui prouve l’existence d’une autre tentative de guet-apens ! Laquelle visait cette fois Michel Thiollière, maire de Saint-Etienne de 1994 à 2008. Une manie
Le procureur se dessaisit
Comme l’a découvert « Le Canard », le procureur de Saint-Etienne a demandé à être dessaisi de cette enquête le 23 octobre dernier. Dès le lendemain, le procureur général de Lyon acceptait sa requête. En effet, écrivait-il, le magistrat stéphanois était « habituellement en relation », et depuis longtemps, avec le maire de Saint-Etienne.
Or celui-ci, ajoutait-il, est « susceptible d’avoir été sociétaire d’une association de malfaiteurs ». Ce qui, selon plusieurs sources judiciaires, augure d’une nouvelle mise en examen de Perdriau. La prochaine saison du feuilleton est en pleine écriture !
D’autant que les enquêteurs sont certains que de l’argent public a servi à financer cette douteuse série. Gilles Rossary-Lenglet l’a d’ailleurs reconnu : c’est via des subventions d’un montant de 40 000 euros à deux associations qu’il a été rétribué.
Le procédé était simple : il facturait aux deux structures en question des prestations fictives d’un montant de 1 000 ou 1 500 euros. L’association Artistes de la galerie Art pluriel (Agap) a ainsi perçu de la ville 20 000 euros le 6 juillet 2015, quatre mois seulement après sa déclaration officielle en préfecture. Un exploit !
Deux de ses dirigeants ont été mis en examen le 7 décembre pour complicité de détournement de fonds publics. « Pour qu’il y ait complicité, il faut un donneur d’ordre », décrypte un magistrat.
Directement visé : Gaël Perdriau, qui, selon plusieurs sources judiciaires, devrait prochainement être re-re-mis en examen, cette fois pour détournement de fonds publics. L’argent versé à l’Agap provient en effet de la « réserve du maire », destinée d’ordinaire à financer des imprévus… Quand même’ pas le tournage d’une vidéo intime ?
Didier Hassoux. Le Canard enchaîné. 03/01/2024