CNR version Macron

Entre discussions oiseuses et attirail techno, la montagne du CNR a accouché d’une souris.

Seize mois après sa mise en place à grands coups de trompe par Emmanuel Macron, quel est le bilan du Conseil national de la refondation (CNR), qui devait, selon son concepteur, instaurer une « nouvelle gouvernante » ? Verdict d’un certain nombre de ses acteurs, qui s’en sont ouverts au « Canard » : beaucoup de bla-bla et fort peu de résultats…

Lors du lancement du projet, le 8 septembre 2022 à Marcoussis, le chef de l’État ne mégotait pas, pourtant, sur les formules solennelles. « Nous devons aujourd’hui inventer une manière nouvelle de débattre », soulignait-il. L’objectif de ce nouvel espace de concertation ? « Remettre les Françaises et les Français au cœur des grandes décisions et prendre en compte toutes les parties prenantes » afin de bâtir des « solutions concrètes ». Las, la « révolution culturelle » annoncée se fait encore attendre. Et les promesses des huit CNR thématiques organisés au niveau national (logement, jeunesse, numérique, petite enfance, climat et biodiversité, vieillesse, travail, modèle social et productif) ont… (re)fondu comme neige au soleil.

Rien à louer dans cette méthode !

Exemple avec le CNR Logement, qui a associé le ministère en question et l’ensemble des parties prenantes. Trois groupes de travail ont été mis en place à partir de novembre 2022, dirigés par des binômes de personnalités qualifiées. Cédric Van Styvendael, le maire (PS) de Villeurbanne, qui a copiloté le groupe « Redonner aux Français du pouvoir d’habiter » (sic), raconte au « Canard » : « J’ai coanimé cinq réunions ; la somme de travail abattue dans mon seul atelier a été colossale. Nous avons réussi à nous mettre d’accord — de la Fondation Abbé-Pierre au Medef — sur 20 propositions immédiatement opérationnelles, mais aucune n’a été prise en compte dans sa totalité par le gouvernement. Cinq l’ont été très partiellement. D’où notre immense déception. »

Ce forum proposait, entre autres, d’encadrer les prix du foncier et de mettre en place, pour les ménages les plus modestes, un « bouclier logement » leur garantissant de ne pas consacrer plus de 25 % de leurs ressources à leur loyer. Des idées expérimentées à l’étranger, parfois avec succès, mais superbement ignorées par l’exécutif.

« Beaucoup de CNR thématiques n’ont pas abouti à grand-chose en termes de mesures politiques, reconnaît l’un des participants assidus, car les ministres impliqués n’ont pas su mener les discussions là où ils le souhaitaient, ni mettre de lignes rouges. Du coup, les réunions se sont souvent transformées en tribunes pour demander de l’argent à l’État. » Quel toupet !

Un CNR mode Macron, pas très résistant

Même déception du côté des participants au CNR consacré à la santé. « On a passé un temps fou à monter des réunions entre acteurs du monde de la santé et à poser des diagnostics déjà présents dans tous les rapports depuis dix ans, sans être écoutés ensuite », se lamente un organisateur du Sud-Ouest.

Les services de l’État se sont pourtant décarcassés pour que les concertations du CNR soient le plus constructives possible. Le ministère de l’Éducation a ainsi pondu un magnifique catalogue de 48 pages d’« exercices inspirés du design thinking pour s’aider dans la conception de déroulés de sessions de travail collaboratif ». Une petite traduction, monsieur Attal ?

Parmi les exercices proposés figure celui du « fishbowl » (« bocal à poissons ») : les animateurs de réunions repèrent préalablement trois ou quatre personnes — les « poissons » — qui lancent la discussion. Pour « rejoindre le bocal » et pouvoir débattre, « en contrepartie, un poisson doit laisser sa place ». Les personnes extérieures au bocal sont « invitées à prendre des notes », en « restant silencieuses ». Comme des carpes ?

S’il en est un qui s’est rapidement extrait du bocal, c’est David Djaïz. Entré au cabinet de Macron le 16 septembre 2022 en qualité de « conseiller chargé du CNR », ce jeune énarque a pris le large pile-poil un an plus tard, le 15 septembre. Quatre mois plus tard, son poste est toujours vacant. Les prétendants ont trop peur de la « révolution culturelle » ?


Clara Bamberger. Le Canard enchaîné. 03/01/2024


3 réflexions sur “CNR version Macron

  1. bernarddominik 10/01/2024 / 9h49

    Macron c’est du vent. Des paroles sans fondement. Mais la raison en est simple: vu le choix de Macron de réarmer et l’obligation de stopper l’endettement (en 2024 premier budget de l’état ce sont les intérêts de la dette 80 milliards) il n’y a plus d’argent. L’état des énarques est incapable de revoir les affectations budgétaires car il est prisonnier de la mentalité qui fait du train de l’état et de la récompense des amis une obligation

    • Libres jugements 10/01/2024 / 10h58

      Non Bernard, Macron n’est pas du vent. Macron ce ne sont que des actions en faveur des Grandes entreprises, des banques et des plus fortunés. Macron c’est le destructeur de toutes les avancées sociales de 1945, c’est travail espèce de con et ferme ta gueule, c’est toi qui cherches du travail je vais t’en donner à bas salaires et toi rien à dire si tu ne veux pas crever de faim. Macron s’est grâce à Dieu le ciel t’aidera… peut-être !
      Oui, il m’arrive d’être extrémiste dans mes pensées et de croire – bien que sachant que c’est malheureusement une utopie – que seul une révolution prolétarienne pourrait faire changer les choses… mais commençons déjà par changer la constitution de plus avoir un roi à élire telles que cela se passe avec la Ve République.
      Michel

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