Celle qui risque Une où Sa place de ministre Aurore Bergé dans ses délires…
Attention ce texte est daté de la parution de l’hebdo .10/01/2024 et ne tiens pas compte d’un remaniement possible. MC
C’est le syndrome « gilets jaunes » et la méthode Macron qui déteignent sur elle. Quand tout part de travers et qu’on ne sait plus quoi faire, on fait mine d’écouter la base et de discuter. À la suite des émeutes urbaines de juin et juillet 2023, Aurore Bergé a voulu elle aussi son grand débat et ses balades dans la France des villes et des champs.
Après Trélazé, dans le Maine-et-Loire, Paris, Cannes ou Vesoul, en Haute-Saône, le « tour de France de la parentalité », initié en décembre, conduisait, en ce début d’année 2024, la ministre des Solidarités et des Familles à Château-Thierry. Une réponse à l’invitation du maire, Sébastien Eugène (Parti radical), pas peu fier de montrer un réseau d’institutions et les moyens mis en place pour faire vivre ce qui s’appelait, il y a longtemps, l’« éducation populaire ».
C’est dans l’imposant centre social Nicole-Bastien, également baptisé Palais des rencontres, que débute le parcours de la ministre. Arrivée sur les lieux avec le petit quart d’heure de retard qui sied aux personnages importants, Aurore Bergé expédie au pas de course les présentations protocolaires. Les huiles politiques et préfectorales qui faisaient le pied de grue en formant une haie d’honneur ont droit à un rapide salut, un petit mot et un grand sourire.
Très vite, la ministre veut découvrir ce qu’on fait de bien pour les familles dans cet atelier. En coup de vent, tout le gratin local s’engouffre dans une pièce où s’amusent quelques bambins. On assiste alors à de charmants tableaux où une mère de famille porte un bébé dans ses bras tandis que ses trois autres enfants, plus grands, s’exercent à un jeu d’observation et de mémorisation.
« Vous voulez bien jouer avec moi ? » demande la ministre, qui se passionne tout d’un coup pour savoir si c’est un carré jaune ou une boule rouge qui a été retiré du socle par un gamin qui joue les prestidigitateurs. « Vous venez souvent ici ? » demande Aurore Bergé à la mère.
Celle-ci coche toutes les cases de ce que souhaitait entendre la ministre : « On vient routes les semaines, les enfants se plaisent ici. On apprend à jouer en famille, sans écrans. On se fabrique des souvenirs. Ce sont des moments qui resteront car les enfants, ça grandit vite », répond la jeune femme, foulard noir sur la tête, responsabilisation parfaite et propos consensuels.
À une autre table, deux animatrices exercent les enfants au goût via une dégustation à l’aveugle… de bonbons Krema. Sans regarder le papier d’emballage, les gamins testent les confiseries et doivent deviner si c’est de la framboise ou de la cerise, de l’orange ou de l’ananas qu’ils suçotent. À vrai dire, c’est surtout de l’arôme qui a peu à voir avec la saveur des vrais fruits. Exit les préconisations végétales des cinq fruits et légumes par jour rabâchées par le gouvernement ; place à la chimie sucrée, qui apprendra aux gosses à devenir de fidèles patients des dentistes.
Le « parcours sensoriel » terminé, la ministre découvre la belle médiathèque de ce très grand centre social, rénové en 2019 par la municipalité. On retrouve la jeune mère de famille et ses enfants. Sa plus grande, une jolie fillette de 7-8 ans aux longs cheveux bruns, est sagement assise aux côtés d’une animatrice pour participer à l’« atelier lecture ». Les autres gamins et de rares adultes — Aurore Bergé comprise — servant d’auditoire. L’animatrice ouvre un album pour enfants, le livre des « Oh !». Ici, il s’agit de vocaliser en lisant et, en fonction de la grosseur de la lettre sur la page, de faire des grands, des gros, des petits « O ». Des « O » chantés, des « O » murmurés…
Aurore Bergé continue à s’amuser, la bouche en cœur, en enfilant des « O ». C’est aussi ça, la vie de ministre : de petits moments de grâce où, rien qu’un instant, un responsable aux affaires retrouve son âme d’enfant ! À la moitié de l’album, voici qu’arrive le « A ». On commence à trouver le temps long au pays des Bisounours. On se prendrait presque à espérer que, pour mettre un peu d’ambiance, l’auteur de l’album a pensé au « Q ». En vain.
Château-Thierry a beau être la ville de naissance de Jean de La Fontaine, difficile de croire à la jolie fable de « La Bergé et des petits n’enfants » que la fée Aurore nous tricote sous le nez. D’ailleurs, la ministre n’a pas toujours eu avec les familles cette empathie et cet humanisme qu’elle affiche ouvertement aujourd’hui.
À l’image de son parcours en politique, celle qui s’est longtemps cherchée dans les droites et la lose (elle a été fidèle soutien de Copé, de Sarkozy, de NKM, de Juppé, avant de s’épanouir pleinement en Macronie) a d’abord commémore, à concevoir la « parentalité » sous le volet de la répression, en tançant sèchement les parents démissionnaires ».
Début décembre 2023, la ministre des Solidarités et des Familles joue plutôt la mère Fouettarde avec la « mise en place de travaux d’intérêt général pour les parents défaillants », « le paiement d’une contribution financière pour les parents d’enfants coupables de dégradations auprès d’une association de victimes » ou encore « une amende pour les parents ne se présentant pas aux audiences qui concernent leurs enfants ». À tel point que plusieurs membres de la « commission parentalité », qu’elle met en place concomitamment à ses annonces, démissionnent illico de leurs fonctions.
Responsabiliser, voire faire payer les parents, quelle idée novatrice ! Elle figure déjà depuis des lustres dans le Code civil. Enfants et adolescents étant au regard du droit des « incapables », c’est aux parents d’endosser la responsabilité des conneries que peut faire leur progéniture. Pas vraiment besoin de grand débat là-dessus. Quant aux activités éducativon-ludiques d’un après-midi de vacances, peuvent-elles vraiment rendre compte du mal-être, de l’anxiété, de la précarité et aussi de la violence d’une partie de la jeunesse ?
On attendait donc beaucoup du grand débat pour voir Aurore Bergé aux prises avec ces questions de société. Dans un confortable amphithéâtre, une cinquantaine de personnes attendent la ministre. Les prises de parole s’enchaînent et, loin des témoignages de parents en difficulté avec leurs rejetons, c’est un festival de discours institutionnels : des élus ; des directeurs d’établissement ; des inspectrices d’académie ; des responsables des services sociaux, des villes, du département, de l’intercommunalité…
Au tableau s’affichent de benoîtes questions du type : « Comment mieux accompagner les parents lors des moments clés de la vie de leurs enfants, notamment l’adolescence ? » ; « Quels moyens pour garantir l’implication des deux parents ? », « Comment renforcer la responsabilisation des parents ? »
Beaucoup d’interrogations, zéro réponse. La ministre fait son laïus sur la nécessité de bien mailler le territoire. Mailler le territoire, ça doit vouloir dire rendre efficaces les différentes institutions et administrations qui agissent sur le même champ de compétence, à savoir la famille. C’est surtout une antienne qui date au moins des années 1990 et qui, à l’heure où les services publics sont en déliquescence partout, ressemble à un vœu pieux.
Dans le public, les rares personnes sans fonctions électives ou administratives sont des pères de famille désireux de bénéficier de plus de jours de congé paternité et de voir réformer le congé parental. Ça tombe bien, la ministre est justement en train de plancher là-dessus, réfléchissant à la modification des règles et la rétribution de ce congé, utilisé par moins de 1 % des pères et 14 % des mères.
Il est vrai qu’à moins d’avoir une fortune personnelle ou de déjà réussir à survivre avec même pas un Smic, décider d’arrêter de bosser pour élever son gamin pour moins de 400 euros par mois, « c’est plonger les familles dans la précarité », témoigne un intervenant. Une autre participante évoque les difficultés de logement, d’emploi, d’insertion de familles allophones. « Les gens travaillent dur. Tous ont à cœur d’élever correctement leurs enfants », rapporte une assistante sociale, qui dit aussi que les parents passent plus de temps au boulot et dans les transports qu’avec leur famille.
La ministre opine du chef, l’air très concentré. L’air aussi de quelqu’un qui découvre la lune. Arrêter le pipeau et inciter son patron Macron à abandonner ses politiques antisociales, voilà du boulot pour la ministre des Solidarités et des Familles. Mais c’est plus dur que de jouer aux cubes.
Natacha Devanda. Charlie hebdo. 10/01/2024
RAPPEL (10 janv 13 h) : À l’heure où nous publions ces lignes, Aurore Bergé est encore ministre des Solidarités et des Familles.
Aurore, c’est l’incompétence doublée de l’arrogance, princesse du beau royaume Macronie. Du 🧹 !
Je ne sais pas de quel charme ou d’éléments corporels dont use ce personnage pour avoir autant d’échos auprès des diverses instances élues, en deux cas j’espère qu’elle Ne fera pas parti du gouvernement Attal.
Amitiés. Michel