En 72 pages solides et accablantes, le rapport d’Oxfam publié lundi éclaire crûment les choses : les inégalités deviennent franchement obscènes et le Forum de Davos a du gain à moudre.
Alors que les salaires peinent à suivre l’inflation et que cinq milliards de Terriens se sont appauvris ces dernières aimées – les cinq plus gros nababs de la planète ont plus que doublé leur butin depuis 2020 : ils possèdent désormais 869 milliards de dollars au total.
Si chacun de ces individus dépensait un million par jour, il leur faudrait 476 ans pour venir à bout de leur pactole. On imagine leur profond désarroi face à ce problème pratique.
Les inégalités étaient déjà monstrueuses il y a quatre ans, mais rien ne peut arrêter leur aggravation. Le gouffre devient toujours plus abyssal, et toujours plus vite. Le pourcent le plus riche de la population détient désormais 43% de la fortune globale, et émet autant de CO2 que les deux tiers les moins nantis des humains.
Bref, ça commence à devenir vraiment pénible.
Multiplication des « procédures-bâillons »
Encore des chiffres : les profits des plus grandes entreprises ont bondi de 89% en 2021 et 2022, et le bilan de l’année 2023 va sans doute afficher de nouveaux records. Or 82% de ces bénéfices sont reversés à qui ?
Aux actionnaires évidemment On ne va quand même pas utiliser la manne pour améliorer les salaires des grouillots, promouvoir l’égalité des sexes au sein des firmes, ou investir dans la lutte contre la pollution et le dérèglement climatique, non ?
Les riches actionnaires, voilà les gens qui sont dans le besoin,
Plus inquiétant encore, les Crésus du secteur privé exercent un pouvoir de plus en plus pesant sur la marche du monde. Renforcée par une concentration des affaires qui tend aux monopoles dans plusieurs secteurs, leur puissance économique permet de faire efficacement pression sur les Etats, à grands renforts de lobbys et d’avocats, par exemple pour obtenir des avantages fiscaux exorbitants ou pour torpiller des normes jugées contrariantes, que ce soit en matière de droit du travail, de mesures environnementales ou de règles sanitaires.
Au besoin, ils attaquent les gouvernements en justice grâce à l’Investor-state dispute seulement (ISDS) et multiplient les « procédures-bâillons » contre les gêneurs. Et l’augmentation des énormes magots amassés dans le privé facilite la montée en puissance des conquérants cupides, face à des collectivités publiques qui quant à elles doivent assumer des coûts sociaux, sanitaires, énergétiques ou écologiques toujours plus lourds.
Mais l’ingérence étatique des magnats ne s’arrête pas là : ils manigancent en coulisse et tentent d’infléchir les gouvernements pour favoriser les politiques les plus délicieusement libérales, qu’il s’agisse d’accords commerciaux, de régulation– des marchés, de taxes, de prévention, d’information des consommateurs ou autres domaines susceptibles d’affecter les profits.
Par ailleurs, les requins lorgnent avec appétit vers les services publics, en poussant à leur privatisation : avec l’éducation, la santé, la distribution d’eau, les infrastructures ou la sécurité, il y a des montagnes de blé à se faire, en bonne partie sur le dos des contribuables : miam !
Et tant pis si les services privatisés deviennent médiocres, ou s’ils créent des systèmes à deux vitesses où les usagers disposant de moyens cossus seront nettement mieux traités que les démunis.
Ainsi le creusement des inégalités ne sera-t-il pas freiné, au contraire, si les fonctions étatiques passent en mains privées. Mais les actionnaires seront contents et c’est bien l’essentiel.
La ploutocratie supplante la démocratie
En résumé, le rapport d’Oxfarn montre, exemples et statistiques à l’appui, que la ploutocratie est en train de supplanter la démocratie et d’infecter la gouvernante mondiale. Et comme les nouveaux potentats économiques se contrefichent du bien commun, des salariés, du climat et de toutes ces vétilles qui ne rapportent pas des pépètes, l’avenir n’est pas vraiment riant pour l’écrasante majorité des humains. Youpi.
Pour contrer cette dérive, Oxfam préconise trois mesures.
- « Revitaliser l’Etat », afin qu’il régule un peu mieux le marché, soutienne les services publics et favorise une économie profitant à toute la collectivité.
- « Réglementer les grandes entreprises » en démantelant les monopoles, en protégeant mieux les travailleurs et l’environnement, et en imposant davantage les ultrariches et les sociétés.
- « Réinventer le monde des affaires » en favorisant les coopératives ou une génération d’entreprises pratiquant la participation des salariés, le commerce équitable et la responsabilité écologique, au lieu d’avoir pour premier objectif de dorloter les actionnaires.
Voilà donc de quoi nourrir les cogitations à Davos. Et sachant que s’y mêlent des centaines de patrons, de lobbyistes et de ministres pour qui la quête de croissance, la course au profit et la loi du marché sont sacrées, inutile de rêver.
Laurent Flutsch. Vigousse. 19 janvier 2024
Un salarié qui passe à la tranche plus de 2200€ mensuels passe à un prélèvement des impôts de 30% alors qu’on lui a déjà prélevé les charges sociales, un actionnaire paie un prélèvement de 12,5% pour les impôts et 17,5% pour la CSG, et s’il réside 6 mois à l’étranger il ne paie que 15%. Aux USA l’actionnaire paie 9% de moins d’impôts pour un même revenu que le salarié. Au delà du scandale de richesse en milliards l’état augmente cette injustice par l’injustice fiscale.
Attention Bernard, cet article provient d’une revue suisse et personnellement, je ne connais pas les barèmes d’impositions dans ce pays… mais peut-être que ton analyse est aussi valable pour les helvètes…Mes amis suisses, nous éclaircirons probablement sur cela…
amitiés. Michel
Que reste-t-il au salarié qui gagne le smic, ou au retraité qui perçoit une pension identique, lorsqu’il paie son loyer, qui s’est évanoui devant la hausse de la mutuelle, qui rationne l’électricité (en n’utilisant plus son vieux lave vaisselle), lorsqu’il fait le plein de sa vieille bagnole qu’il ménage pour aller au boulot, et après avoir tenté de remplir son frigo, sans viande rouge, ni fromage, ni patisserie, ni fruits frais ??
La précisions de nos amis Suisses…
Concernant les barèmes d’imposition fiscale Suisse c’est très compliqué.
On est d’abord imposés par la commune. Le barème n’est pas le même partout.
Ensuite, on est imposés par le canton et le barème est différent selon les cantons.
Les nantis déposent leurs papiers dans une commune dans n’importe quel canton où ils négocient ce qu’ils vont payer, par exemple c’est le cas de Roger Federer.
Bref, ils ne payeront jamais ce qu’ils devraient et c’est pourquoi de très grosses sociétés s’installent principalement dans le canton de Zoug.