Ça castagne ça cagnasse
Ça cogne et ça tracte
Ça ravage et ravine
Un cratère
Une tempête
Au centre de toi
Ébahie, tu contemples
La spirale qui t’emporte
Déchaînée déferlante
Une vague
L’heure n’est plus au doute
Mais à l’évidence
Impérieuse, obstinée, monstrueuse
Et comme ça fait du bien
De ne plus pouvoir reculer
Pour une fois
Ça s’impose à toi
Possédée comme jamais
Tu ne l’as été
Comme jamais tu ne le seras
Sauf à l’heure de notre mort (Amen)
Et tu comprends
Ce que signifie : exister vraiment
Le ruisseau glacé
Coule dans la rivière
Qui enfle et gronde
Une montagne
Un cratère bouillonnant
Un typhon
Qui laboure qui castagne
Ravage et puis ravine
Tu secoues tes serpents
Sorcière
Méduse aux dents noires
Troll des forêts
Diane chasseresse
Divinité foldingue
Des bourrasques
De la guerre
Et du grand vent
Déchaînée, ébouriffée, hurlante
Tu te dégonfles et te déhanches
Tournoyant sous les sapins
Consumée par l’orage
Sortie de ta cage
Dans le noir des arbres touffus
La terre se soulève un peu plus
Dans cette guerre sans fin
Les hommes bien à l’abri
Dans les tranchées
Et toi, en première ligne
Sur le front
Chair à canon
Sur ton champ de bataille
Dans le sang les viscères
Et les entrailles Sainte-Marie
de toutes les mères
Tu pries, car en poussant
C’est tout toi qui vas sortir
Tu le sens, tu t’expulses
Toi-même par le bas
Tête la première
Alors, tu cries
Écrasée par la pesanteur
Les vagues de cinq mètres
Se fracassent, montent
Et redescendent
Quinze puis trente
Tu crains de partir
Avec le courant
Mais tu t’accroches
Et tu comprends
Oui, tu comprends pourquoi
On y laisse sa peau
Parce que c’est précisément
Ce qui t’arrive
Mourir, muer, muter
Puissante
Hurlante et mutique
Car tu as cessé de crier
Quand lui s’est mis à le faire.
Sophie Carquain. Recueil : « Soutif mon amour » Ed La joie de lire
* Pour toutes les mères…