Plus de 550 000 aides à domiciles parcourent le territoire chaque jour pour apporter assistance à nos aînés. Ces femmes qui apportent du lien social, qui souffrent en silence, et dans l’indifférence des pouvoirs publics.
D’après des données de l’Assurance-maladie analysées par Disclose, le nombre d’accidents du travail chez les aides à domicile a ainsi augmenté de 110 % en l’espace de dix ans (2009 et 2019). Pour les accidents de trajet, ils ont augmenté de 14,3% entre 2017 et 2019.
Un élément résume à lui seul cette souffrance invisible mais à l’impact bien réel sur la santé de ces travailleuses « essentielles » : elles exercent un métier plus accidentogène que les ouvriers du bâtiment.
A longueur de journée, les aides à domicile se blessent en portant des personnes âgées ou handicapées, lorsqu’elles aident à la toilette ou portent leurs courses. Elles font parfois l’objet d’insultes et de violences physiques de la part des personnes qu’elles assistent.
Ces travailleuses essentielles souffrent principalement de troubles musculo-squelettiques (TMS), avec des problèmes de dos, des épaules démises, des blessures aux poignets, aux mains et aux genoux, à force de courir d’une maison à l’autre.
Les accidents peuvent être mortels : entre 2016 et 2019, au moins vingt aides à domicile ont perdu leur vie au travail en France.
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En octobre 2021, l’inspection du travail a été destinataire d’une alerte écrite, a appris Disclose. Il y est question d’« insultes » de « brimades » et de « changement de planning jusqu’à plusieurs fois par jour ».
« EN PLEIN “PÉTAGE DE PLOMB” »
Dans cette course à la productivité, ce sont les personnes âgées qui subissent la maltraitance de plein fouet. Comme Pascal et Yvette*, un couple d’octogénaires laissé seul à plusieurs reprises alors que Pascal n’est plus capable de faire ses besoins et sa toilette seul. « Vous voyez votre mari trempé, vous n’allez pas le laisser mouillé… Mais ce n’est pas évident à faire à mon âge », confie sa compagne, âgée de 84 ans.
Après quatre mois, leur fille Sylvie a rompu le contrat avec Onela, dénonçant des prestations non réalisées, au moins à six reprises, sans nouvelle de l’agence. « C’est inadmissible, s’emporte-t-elle. Ça ne les dérange pas de laisser des personnes à l’abandon ! » Sollicitée, la direction d’Onela se borne à déclarer que « la pénurie de personnel est un problème qui affecte malheureusement tout le secteur de l’aide à domicile en France ».
Le secteur associatif, qui emploie 230 000 personnes en France, n’est pas épargné par le mal-être des aides à domicile. Disclose a pu consulter les témoignages recueillis sur Pros-Consulte, une cellule d’écoute psychologique dédiée au milieu associatif. En 2021, 94 % des 1 419 appels reçus ont été émis par des femmes. Leur analyse donne un aperçu saisissant de la situation.
Extraits : « Cette aide à domicile se dit en plein burn-out (…) elle sent qu’elle est en plein “pétage de plomb” après des années de travail intense » ; « Madame a été séquestrée hier par une bénéficiaire. Une intervention externe a été nécessaire pour la libérer. » Plus grave encore, le cas d’une femme « agressée sexuellement par le mari d’une bénéficiaire ». La psychologue ayant pris l’appel précise : « Madame a écrit un mail à sa direction pour relater les faits. Elle n’a toujours pas été contactée. Elle est en état de choc. »
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Daphné Gastaldi & Mathieu Martinière Disclose. Source (Extraits)
Prière de ne pas confondre « aide à domicile » avec « aide ménagère ». Et notion très importante à prendre en compte. La fonction de l’aide à domicile des personnes dépendantes devrait être à la fois mieux prise en compte par les pouvoirs publics et mieux rémunérés. Pour autant l’aide-ménagère est nécessaire, mais n’a pas le même devoir d’assistance directe envers les personnes. Pour autant l’une comme l’autre n’ont pas à être, comme toutes employées travaillant dans ce secteur tertiaire, dévalorisées. MC
Une réflexion sur “Les sacrifiées de la santé”