L’eau précieuse…

L’eau ce bien commun… normalement !

Les vents balaient sans relâche les collines de Montagnac. C’est dans ce vallon asséché que le géant de l’eau en bouteille Sources Alma — connu notamment pour la marque  » Cristaline  » — entend s’installer. Car sous cette terre aride se trouve un trésor liquide : une nappe profonde, peu exploitée et très étendue. « Pour nous, il s’agit d’une ressource formidable, qu’il faut préserver et gérer comme un bien commun », dit Christophe Savary de Beauregard (vigneron). Mais l’équipe municipale et l’entreprise minéralière ne semblent pas du même avis.

Cet aquifère karstique, qui couvre une superficie de 715 km² selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), aurait pu rester enfoui dans l’oubli. À Montagnac, un seul puits atteint cette eau souterraine : le forage de la Castillonne, abandonné depuis près d’une décennie.

« Il y a trente-cinq ans, deux paysans cherchaient de l’eau chaude pour chauffer des serres maraîchères, raconte le vigneron, incollable sur le sujet. Ils ont reçu une grosse enveloppe de l’Europe, et ils ont pu creuser à plus de 1 500 m. » Problème, l’or bleu qu’ils ont remonté des profondeurs dépassait à peine les 25 °C. Pas de quoi faire pousser des avocats en hiver.

Les agriculteurs ont ensuite opté pour un élevage de silures, ce gros poisson alors prisé, devenu depuis une espèce envahissante. L’entreprise a périclité. Après la mort du dernier des frères, la commune de Montagnac a racheté en 2018 le forage et les parcelles adjacentes, pour la modique somme de 30 000 euros. Pour Christophe Savary de Beauregard, comme pour la plupart des habitants, l’affaire s’était arrêtée là.

Mais l’hiver dernier, le viticulteur a découvert, en discutant avec des voisins, qu’une entreprise était venue les démarcher pour « faire passer des tuyaux sur leurs parcelles ».

De fil en aiguille, il finit par remonter à la source. Le 29 septembre 2022, le conseil municipal avait validé — en toute discrétion et en grande hâte — la cession du terrain et du puits au groupe Sources Alma. Qui avait démarré fissa les négociations en vue de poser des canalisations entre le site de pompage, sur le Domaine de la Castillone, et l’usine d’embouteillage, qui pourrait s’installer le long de la départementale 613.

« On est tombés des nues », se rappelle Christophe Savary de Beauregard. Pour lui comme pour les autres membres de l’association Veille Eau Grain, qui combat ce projet, la vente est entachée d’irrégularités. « Les élus ont eu à se prononcer sur une décision importante, sans avoir toutes les informations, estime-t-il. On leur a fait miroiter des emplois et une taxe foncière, et ils ont voté. »

Dans le recours déposé pour faire annuler cette délibération que Reporterre a consulté, un autre argument est avancé : « Le prix auquel les parcelles ont été vendues paraît inférieur au prix du marché. » 30 000 euros pour un forage de cette dimension : « Le groupe Alma a fait une très bonne affaire », glisse, amer, l’agriculteur. Et le village de 4 300 âmes s’est ainsi privé d’une précieuse ressource.

[…] Faute d’informations de la part de la mairie ou de l’industriel, les habitants ont sorti leur calculette : 88 camions par jour pour transporter les packs d’eau, un chiffre d’affaires journalier de quelque 240 000 euros… et une ressource « qui pourrait alimenter 20 000 personnes pendant quinze ans » si elle était gérée publiquement. Conclusion du collectif : la nappe et le forage « doivent être préservés pour les générations futures ».

Pourquoi la mairie a-t-elle ainsi abandonné sa source au géant minéralier ? Contactée, elle ne nous a pas répondu. Selon la chargée de communication du groupe Alma, la commune aurait elle-même « proposé à la société la reprise de l’ouvrage pour une éventuelle exploitation […], afin d’éviter de devoir obturer à ses frais, pour un montant de 300 000 euros, un forage non exploité ». Autrement dit, le maire, obligé de fermer ou de remettre en état à ses frais le puits, aurait préféré le vendre au plus offrant.

Pour le groupe Alma, le projet est alléchant. Le marché national de l’eau en bouteille reste florissant — 2,6 milliards d’euros en 2022— et la multinationale a parié sur la multiplication des sites de prélèvement afin de garantir son activité. […]


Article réalisé d’après un écrit de Lorène Lavocat. Reporterre. Source (Extraits)



Une réflexion sur “L’eau précieuse…

  1. bernarddominik 07/12/2023 / 17h30

    La corruption ?

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