La violence et la jeunesse

La violence est à nos portes.

Des faits divers sanglants ont remis en piste la question de l’insécurité. On savait que des maires se faisaient casser la gueule, que des médecins étaient brutalisés dans leur cabinet, que des profs étaient poignardés ou décapi­tés, que des ados se tiraient dessus à la kalachnikov, on apprend aujourd’hui que dans de paisibles villages des jeunes se font trucider pour des broutilles.

On convoque sur les chaînes d’info en continu des criminologues, qui nous expliquent que le nombre des actes de violence n’a jamais été aussi élevé depuis cinquante ans, comme une crue ou un orage de grêle mémorables que même les plus anciens n’avaient jamais connus.

Évidemment, les responsables politiques se jettent sur ce bel os à ronger, et dénoncent telles catégories d’individus soupçonnés d’être les coupables. Issus de l’immigration selon les partis d’extrême droite, issus de la droite extrême selon la gauche vraiment de gauche. Bref, on y voit encore moins clair après qu’avant les interventions des uns et des autres.

La violence se serait donc incrustée dans tous les recoins de la société, comme les punaises de lit dans votre appartement. Sur les réseaux sociaux, la violence verbale est devenue la norme. Insultes, menaces de mort ou harcèlement sont désormais banals pour certains de nos concitoyens.

Des campagnes de prévention destinées aux élèves tentent de leur faire comprendre que pousser un camarade au suicide, c’est mal. Le curseur du mépris de l’autre n’a jamais été aussi bas. On se demande par qui ont été élevées ces personnes. Ont-elles eu des parents, ont-elles reçu une éducation, ont-elles jamais été engueulées une seule fois dans leur vie pour s’être mal conduites ?

La religion de l’impunité semble avoir laissé place à la religion de la fierté. Je te plante mon couteau entre les côtes et j’en suis fier. À l’heure où tout le monde claironne sa fierté d’être le peu qu’il s’imagine être, les truands et les assassins font de même. À quand une « Crapules Pride » ou une « Tueurs de vieilles dames Pride » ? Revendiquer de rejeter toute limite est devenu tendance.

Est-ce l’ultra-individualisme qui a décomplexé cette prétention extravagante ?

Avoir été la cible d’un acte violent est une épreuve riche d’enseignements. On se sent à jamais vulnérable et on cherche à éviter toute hostilité. Notre environnement est perçu comme une menace permanente, et pour s’en protéger, on serait tenté de surréagir et de vouloir casser la gueule au premier type qui nous donne l’impression de nous agresser, alors que ce n’est pas le cas.

On appelle ça les troubles de stress post-traumatique (TSPT). Revenir en société et être accepté de nouveau par les autres nécessite de faire l’effort, parfois surhumain, de ne pas laisser transparaître ses véritables émotions. On doit prendre sur soi pour retrouver sa place dans la civilisation.

Ce que précisément les auteurs de ces violences ne cherchent même plus à refouler. Ils se comportent comme s’ils étaient sous le coup d’un stress post-traumatique les rendant incapables de contenir leurs pulsions causées par une expérience perturbante. Mais ont-ils seulement été victimes d’un trouble de cette nature ? Même pas.

Beaucoup d’entre eux n’ont jamais rien vécu de grave qui expliquerait leur violence. Et quand bien même serait-ce le cas, cela ne les excuserait pas. Pour ces individus, l’événement traumatisant, c’est la civilisation, c’est l’éducation.

Les lois, le Code de la route, la notice de montage d’un meuble Ikea sont pour, eux aussi, violents qu’un pistolet braqué sur leur tempe. Les articles du Code civil et du Code pénal les transpercent comme des balles de kalachnikov. Les règles du Monopoly ou les règlements de la RATP et de la SNCF les meurtrissent comme les boulons d’une ceinture de kamikaze qui vient d’exploser.

Toute contrainte, même légère, est un attentat contre leur personne. Si toute la société se laisse entraîner dans cette voie, qu’arrivera-t-il à ces braves gens, si sensibles et si émotifs, prompts à sortir leur couteau au premier regard de travers, quand ils seront confrontés à d’inimaginables violences et à de véritables traumatismes ?

On les plaint d’avance. Ou peut-être pas.


Éditorial de Riss. Charlie hebdo. 29/11/2023


2 réflexions sur “La violence et la jeunesse

  1. Anonyme 03/12/2023 / 15h45

    Coucou Michel, pour moi, rien ne peut excuser cette violence !
    Sortir de chez soi et se trouver avec un couteau planté dans le corps, je ne supporte plus, je ne supporte plus ce gouvernement qui se cache les yeux, pas faire de vagues surtout ! ou auraient-ils peur ?
    Je refuse qu’une poignée d’irresponsables empoisonnent jusqu’à la mort tout le monde, en gros, je suis en colère et surtout, j’ai peur, peur pour mes petits enfants, dans quel monde vivront-ils ?
    Bonne fin de journée.
    Amitiés MTH

    • Libres jugements 03/12/2023 / 16h53

      De cette violence constatée il y a plusieurs enseignements à tirés.
      Distinguons d’abord la violence exécutée au nom d’un fanatisme ; le cas de cette agression la nuit dernière d’un Allemand dont l’auteur était fiché S, avait fait de la prison, présentait des troubles mentaux ; à titre personnel, je ne comprends pas l’attitude, les paroles de Gérard Darmanin ; il y a défaillance dans ses services et pour autant que faire de tous les fichés S susceptible de passer aux actes à tout moment, doit-on les isoler… mais où… certainement pas dans une prison où ils y trouvent raisons et encouragements dans leur fanatisme.
      2) La violence consécutive à la vente de drogue. Tant qu’il n’y aura pas une forme vente officialisée de certains produits (comme en Hollande entre autres) les guerres entre dealers existeront.
      3) La violence scolaire ou familiale. C’est à mes yeux le seul cas où la société est responsable. Les bandes dessinées, les films, les réseaux sociaux, la façon dont nous, les parents, avons élevé nos enfants, et La mentalité générale de la société voulant que pour réussir « il faut écraser son voisin – sa voisine », voilà tous les ingrédients menant certains dépourvus financièrement, moralement, à des extrêmes de violence.
      Voilà un constat – tout au moins c’est mon constat – de la pensée que tout est de la faute du gouvernement, peut-être faut-il nuancer le propos.
      Bon dimanche Amitiés Michel

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