Automne 2016, venu de Chine, le réseau social : TikTok.
Un ovni au nom d’onomatopée enfantine qui offrait à des internautes en mal de visibilité la possibilité d’y publier de courtes vidéos. Les jeunes ont vite compris l’intérêt de cette scène virtuelle à diffusion mondiale.
Sur TikTok, on se pavane, on grimace, on fait des blagues, on explique comment déboucher un évier. L’application devient une scène éphémère pour épater ou séduire, une illusion de célébrité. Rien d’inquiétant, donc.
Sauf que TikTok n’est pas qu’un tout-à-l’ego. C’est aussi une arme chinoise de propagande massive.
Elle a été la première des applications mobiles à intégrer des algorithmes qui espionnent l’utilisateur, l’orientent dans ses recherches et l’abreuvent de contenus ludiques autant que de fausses nouvelles.
Tik Tok est d’abord au service du Parti…
Elsa Guiol, la réalisatrice de cette enquête, a, par exemple, demandé à quatre lycéens d’effectuer la recherche Internet « Premiers pas sur la Lune ». Sur Google, deux d’entre eux découvrent les noms des astronautes américains qui ont foulé le sol lunaire en juillet 1969.
Les autres lisent sur TikTok qu’Apollo 11 n’a jamais atteint son objectif et que la fameuse scène du drapeau étoilé « sans vent » chère aux complotistes a été filmée dans un studio de Hollywood.
Mais, au-delà d’un ventilateur à complots et d’un aspirateur à données personnelles, TikTok est devenu un promoteur majeur de l’image positive de la Chine. Au service du Parti, actionnaire de l’une de ses filiales, le réseau social a aussi pour tâche de contrer toute information hostile à Pékin.
Lorsque l’Occident s’inquiétait du sort fait aux Ouïghours, internés par milliers et déculturés de force, des centaines de comptes bidon et d’influenceuses souriantes ont répété dans toutes les langues que les « soi-disant camps de rééducation » pour musulmans étaient un mensonge de l’Occident.
Mieux, que cette minorité ethnique s’apparentait aux « terroristes de Daech ».
Et, quand Feroza Aziz, une Afghano-Américaine de 17 ans, a tenté de détourner la censure en postant un tuto beauté sur la longueur de ses cils, glissant avec un sourire : « En Chine, ils jettent des musulmans innocents dans des camps de concentration », son compte TikTok a été immédiatement fermé.
Durant l’année 2020, la Covid, le confinement et l’isolement ont précipité quelque 600 millions de nouveaux adeptes dans les filets du réseau social.
- Aujourd’hui, en France, ils sont plus de 23 millions à lire que les protestataires de Hongkong sont un ramassis de voyous payés par l’Occident.
- Que Taïwan n’est qu’un territoire à reconquérir.
- L’Ukraine un pays de soudards dirigé par un nazi.
Bien sûr, des divertissements innocents occupent aussi l’espace, des politiciens sérieux se sont emparés de l’outil, comme les journalistes, les entreprises ou les décideurs, mais l’une des missions de TikTok tient en une phrase, recueillie auprès de deux conseillers d’État chinois par « Le Quotidien du peuple », journal du comité central du PC : « La plateforme de vidéos courtes est devenue un mégaphone pour bien diffuser la voix de la Chine. »
Sorj Chalandon. Le Canard enchaîné. 29/11/2023
La Chine avance ses pions et son modèle social peu reluisant. Le communisme n’est qu’un prétexte car l’état n’est pas du tout social. Les cadres du parti sont les énarques de chez nous. Ils se partagent les prébendes issues du pouvoir.
Adhésion totale. MC