La farce est désormais bien connue…
… à Paris, les membres du RN passent pour de gentils démocrates sur les bancs de l’Assemblée nationale ; mais, à Strasbourg, du côté du Parlement européen, c’est tout le contraire, le naturel facho revient au galop !
Là-bas, Jordan Bardella et ses camarades alignent les votes pro-Poutine, anti-écolos et pas franchement féministes. Accessoirement, il est rarissime de croiser ces élus en commission. Le président du RN soi-même n’a toujours pas rédigé le moindre rapport depuis son arrivée, en 2019, et il a réussi l’exploit de déposer 21 amendements en cinq ans, quand les eurodéputés d’autres partis français en sont à plus de 1 000, 2 000, voire 3 000 !
Ce que l’on savait moins, c’est que le RN, dans un document interne, s’inquiète lui-même de sa stratégie grossière (« Le Parisien », 19/11). Une sorte de bilan de l’activité lepéniste, pour justifier ses grands écarts entre l’Assemblée nationale et l’Union européenne. Il y a par exemple ce genre d’aveu savoureux : « Sur la politique de concurrence et notamment le contrôle des concentrations (…), nous n’avons pas à ce jour formalisé notre doctrine. »
Autre extrait, à propos d’un vote sur la lutte contre les violences à l’encontre des femmes : « Une fois encore, notre positionnement sera délicat, car ce texte ne respecte pas les compétences des Etats membres », s’embourbe le parti.
Sur la politique internationale, c’est tout aussi délicieux : « La diplomatie et la recherche du compromis avec les autres Etats doivent toujours être préférées aux solutions militaires pour résoudre les problèmes géopolitiques. Dans cette logique, nous serons attaqués pour immobilisme quant à la création de l’Europe de la défense, et, en conséquence, nous serons accusés de faire le jeu de la Russie et de la Chine. »
Alors que ça n’est pas du tout le genre de la maison !
Article signé des initiales C. N. Le Canard enchaîné. 22/11/2023