Des profits vraiment mortels

Le sentiment de ne pas exister, d’être invisibles ; « l’absence de réponse de la justice » ; « l’impunité des coupables, qui peuvent récidiver » : les mots de Véronique Millot, mère d’un garçon décédé au travail à l’âge de 25 ans, disent la détresse des parents, des enfants, des frères et des soeurs de tous ceux qui ne sont jamais rentrés du boulot, écrasés sous des tonnes de sucre ou broyés par un tunnelier. Elle anime le compte Twitter du Collectif familles : stop à la mort au travail, que vous pouvez retrouver aussi sur Instagram et Facebook. Comme elle me l’explique, lors des procès, les familles peuvent se retrouver « à un avocat contre quinze », les grandes entreprises du BTP ayant l’habitude de l’exercice.

Là, dans le calme et la sécurité de la salle d’audience, si loin du bruit, du froid, du chaud, de la pluie, de la nuit, des hurlements des contremaîtres sur les chantiers, de la fatigue qui fait perdre sa lucidité, ceux qui ont perdu un proche entendent la partie adverse lui reprocher de ne pas avoir observé les consignes de sécurité. De plus, la plupart du temps, seule l’entreprise est condamnée, mais pas ses dirigeants, qui poursuivent tranquillement leur vie, créent des affaires, embauchent d’autres ouvriers, même si on sait que ces patrons mettent en danger leurs employés. Les familles, qui perçoivent, au mieux, des indemnités dérisoires, s’organisent donc pour être entendues. Elles ont obtenu une première victoire : le collectif est invité début mai au Parlement européen pour un colloque sur la sécurité au travail.


Jacques Littauer/Charlie hebdo. 12/04/2023


Une réflexion sur “Des profits vraiment mortels

  1. bernarddominik 15/04/2023 / 18h23

    La France record des accidents du travail
    Honteux l’insouciance l’inconscience du patronat sont invraisemblables.

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