Duel…

Le [les] motif[s], position[s] sont [seraient] divergent[s]

Version Médiapart

Gérald Darmanin reproche à ce prédicateur musulman conservateur de « provoquer à la discrimination, à la haine ou à la violence » depuis une vingtaine d’années. Né en France, Hassan Iquioussen risque un renvoi imminent vers le Maroc, où il n’a jamais vécu. Il a saisi le tribunal administratif. 

Hassan Iquioussen, 58 ans, a passé les vingt dernières années à sillonner la France au gré des invitations dans les mosquées, pour prêcher un islam conservateur proche de celui des Frères musulmans. Sur sa chaîne YouTube (172 000 abonnés), ses analyses face caméra portent sur le Coran et l’éthique, les questions de société, la famille.  Il est désormais la cible d’un arrêté d’expulsion.

« Ce prédicateur tient depuis des années un discours haineux à l’encontre des valeurs de la France, contraire à nos principes de laïcité et d’égalité entre les femmes et les hommes. Il sera expulsé du territoire français », a clamé Gérald Darmanin, le ministre de l’intérieur, le 28 juillet 2022, à la veille de signer l’arrêté d’expulsion.

L’opération de communication politique sur « les délinquants étrangers » est close, place à la suivante : l’imam sulfureux. 

En isolant des extraits de ses prêches depuis le début des années 2000 (certains sont disponibles sur Internet, d’autres semblent avoir été consignés par les services de renseignements) le ministère de l’intérieur est arrivé à la conclusion que l’imam « diffuse un discours prosélyte émaillé de propos incitant à la haine et à la discrimination et porteur d’une vision de l’islam contraire aux valeurs de la République française ». Il l’accuse notamment d’avoir tenu des propos antisémites, sexistes, complotistes ou hostiles à la laïcité. 

Selon le même procédé, Hassan Iquioussen cite ses propres archives pour démontrer qu’il défend, au contraire, « un islam authentique empreint d’amour et de tolérance », respectueux « des lois de la République ». L’imam a saisi le tribunal administratif de Paris par un référé-liberté, mardi 2 août 2022, pour demander la suspension d’une expulsion qui semble imminente. Une audience devrait se tenir d’ici quelques jours. 

« Quand va-t-il enfin quitter le territoire national sur lequel il n’a rien à faire ? », a lancé le 28 juillet le député RN du Nord Sébastien Chenu à Gérald Darmanin à l’Assemblée nationale. Loin de calmer le jeu, le ministre a assuré l’élu frontiste de sa détermination à aller jusqu’au bout.

[…]

Cinquante-huit ans en France

Né en France en 1964, Hassan Iquioussen y a toujours vécu. Voué à acquérir automatiquement la nationalité française à sa majorité, il dit s’être heurté à l’opposition de son père, qui y a renoncé en son nom à son adolescence, comme il l’a fait pour ses frères et sœurs. Ces derniers ont obtenu la nationalité après le décès de leur père, tandis que Hassan Iquioussen affirme avoir essuyé deux refus, en 1984 et 1990.  

S’il se définit régulièrement comme « français » dans ses interventions, Hassan Iquioussen ne dispose donc que de la nationalité marocaine. Depuis quarante ans, il a pu rester en France grâce à des titres de séjour de dix ans, toujours renouvelés jusque-là. Après une maîtrise d’histoire, il a enseigné dans l’Éducation nationale puis travaillé pour l’UOIF, l’organisation religieuse française issue des Frères musulmans égyptiens, comme animateur culturel et comme imam. Il en serait désormais désaffilié. 

En mai 2022, lors du dernier renouvellement de sa carte de résident, Hassan Iquioussen apprend qu’une procédure d’expulsion est engagée à son encontre. Le 22 juin, à Lille, la commission d’expulsion donne un avis favorable. Libération a raconté cette audience où le préfet du Nord, Georges-François Leclerc, s’est déplacé en personne pour réclamer son départ. 

Marié à une Marocaine qui vit en France avec lui, Hassan Iquioussen a cinq enfants et quinze petits-enfants de nationalité française. Invoquant le respect de sa « vie privée et familiale », il assure n’avoir aucune attache au Maroc, où il craint par ailleurs d’être « exposé à des traitements inhumains et dégradants », pour avoir critiqué la monarchie. 

Une expulsion qui n’est pas fondée sur la « loi séparatisme » 

Contrairement à ce qui a été écrit à de nombreuses reprises dans la presse, l’expulsion de Hassan Iquioussen n’a pas été rendue possible par la loi dite « séparatisme » du 24 août 2021. L’article 26 de cette loi, permettant de refuser un titre de séjour aux étrangers ayant « manifesté un rejet des principes de la République », a été censuré par le Conseil constitutionnel. Il n’est donc jamais entré en vigueur. 

La procédure visant Hassan Iquioussen se fonde en réalité sur une disposition classique du Code des étrangers (Ceseda), introduite dans le droit en 2004. Celle-ci autorise l’expulsion d’un étranger en situation régulière, même installé de longue date, si son comportement est « de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence »

[…]


Camille Polloni. Médiapart. Source (Extraits)


Version Le Canard Enchainé.

Hassan Iquioussen est imam près de Valenciennes. Ses nombreux fidèles ont la chance de profiter de ses prêches sur sa chaîne YouTube. On ne peut pas dire qu’il ait beaucoup renouvelé le discours frériste (notre homme est un proche des Frères musulmans, mais est-ce une raison pour s’en prendre à lui ?)

Menacé d’expulsion en raison de la violence de ses propos, Hassan Iquioussen veut attaquer Darmanin devant la justice administrative. Il est, plaide-t-il, un bon républicain, on lui cherche injustement des poux dans la tête.

Un bon républicain qui explique à ses ouailles (« Le Point », 28/7) que la charia doit guider tous leurs comportements, et que la femme « doit tout faire pour essayer de plaire à son mari ». Classiquement intégriste, sauf quand le débonnaire Hassan Iquioussen ajoute que la femme doit aussi accepter qu’il « tombe en martyr », un propos pas trop républicain qu’on pourrait, si on était malveillant, qualifier de dérapage.

Sinon, l’imam frériste est comme il se doit obsédé par les homosexuels, les piscines, le burkini et les créneaux horaires séparés pour les hommes et les femmes. Ah, soustraire aux regards concupiscents le corps des femmes, quel beau combat…

Sur les Juifs, l’imam est un peu décevant : ils sont bien sûr « ingrats », « avares », et il accuse le « lobby juif » de vouloir sa perte. Mais il semble que les « sionistes » n’aient pas encore empoisonné de puits, en tout cas pas dans sa région, ni sucé le sang de jeunes enfants.

Le député LEI David Guiraud a pris la défense de l’imam, accusant Darmanin de « saturer les ondes médiatiques avec un discours sécuritaire et répressif » qui, aujourd’hui, concerne les musulmans et, demain, d’autres communautés.

La sénatrice socialiste Laurence Rossignol l’a vertement remis à sa place, sur Twitter « Dire que cette affaire « concerne les musulmans » s’inscrit dans la stratégie islamiste. Cette affaire concerne un prédicateur qui répand la haine des femmes, des Juifs et des homosexuel/les. L’immense majorité des musulmans n’a rien à voir avec ces discours. »


Article signé des initiales A.-S. M. Le Canard Enchainé. 03/08/2022


Il ne faut pas voir dans cette affaire, que l’expulsion d’une personne dont l’obédience déplaît à certains. Demain, ce pourrait-être le fait d’appartenir à un syndicat, un réseau ou un parti politique, les arguments, postures et lois seraient appliqués de la même façon par ce ministre.

Faisons remarquer que dans d’autres obédiences (Catholiques fondamentalistes, extrémistes judaïques, etc.), leur prosélytisme, n’est pas interdit ?

Juste une remarque, pas un blanc-seing pour aucun. MC


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