Dans des conditions effroyables, 200 enfants français de djihadistes sont détenus dans les camps kurdes du nord-est syrien.
La question de leur rapatriement fait débat, et plusieurs ONG accusent la France de violer la Convention internationale des droits de l’enfant.
Dans le bouleversant roman Voyage au bout de l’enfance (1), l’écrivain et islamologue Rachid Benzine illustre, à travers l’histoire de Fabien, l’horreur de ces camps.
Pourquoi avoir raconté ce récit du point de vue d’un enfant?
La question est l’invisibilité de ce qui se passe dans les camps. Ces enfants sont devenus des fantômes. Parce qu’on a détruit le territoire physique de Daech, on a pensé qu’on en avait fini avec le territoire des esprits, or le combat le plus difficile est celui-ci.
L’après-Daech est devenu un angle mort, la littérature permet de passer de cet invisible à l’idée de la reconnaissance. Face à la déraison des adultes, un enfant, par ses mots, nous désarme. Fabien est victime du choix de ses parents de partir en Syrie et de l’État français qui le laisse là-bas.
Qui sont les quelque deux cents enfants français bloqués dans les camps kurdes en Syrie?
Les deux tiers n’ont connu que les camps. D’autres avaient 5 ou 6 ans lorsque leurs parents ont décidé de partir. Ils sont détenus depuis environ trois ans dans des conditions épouvantables, certains subissant des traitements inhumains ou dégradants.
Aujourd’hui, seulement trente-cinq enfants, des orphelins pour la plupart, ont été rapatriés, mais il n’y a eu aucun retour depuis janvier 2021. L’État français abandonne ces enfants alors que les autres pays rapatrient leurs ressortissants.
Là-bas, ils risquent l’endoctrinement et la radicalisation dans les camps. Si on ne les rapatrie pas, tôt ou tard, ils seront récupérés par Daech et la situation sera encore pire.
Est-ce un manque de courage politique?
Le courage politique, c’est d’avoir une vision à long terme, et non des visions électoralistes. Dans ces camps se développe un sentiment d’humiliation. Et les humiliations d’aujourd’hui préparent toujours les violences de demain.
Je veux dire à ces enfants qu’une France pense à eux, que beaucoup de personnes ici se battent pour leur promettre une enfance. En les laissant là-bas, on signe la peine de mort de gamins qui n’ont rien demandé.
Propos recueillis par Julia Vergely- Télérama – N° 3763 – 23/02/23022
- « Voyage au bout de l’enfance« . Rachid Benzine – Ed. du Seuil, 84 P. – 13 €
Il serait donc aussi logique, d’entendre les demandes des parents de ces djihadistes, qui souhaitent récupérer et élever leurs petits enfants, pour les sortir de ce guêpier, leur donner une vraie famille, permettre leur insertion dans la société.