Un sondage, Jadot, le néant
La jeunesse. Il n’y a que cela de vrai. Non qu’elle soit meilleure. Elle est pareille au petit vieux ergotant du coin de la rue. Mais, elle est ce qui viendra, et à ce titre, elle ne peut être remplacée. Or elle a terriblement peur de l’avenir.
Dans une vaste étude menée au nord comme au sud (Philippines, Brésil, Nigeria, Inde) de la planète, déjà citée ici, il apparaît que 75 % des 16 à 25 ans jugent le futur « effrayant », alors que 56 % affirment que « l’humanité est condamnée ». Ce qu’on appelle désormais l’« écoanxiété » – avant tout reliée au dérèglement climatique affecte dans leur vie quotidienne 45 % des 10 000 sondés (1).
Ce n’est hélas pas une révolution, mais une horrible régression, qui ne saurait annoncer le printemps. Et bien sûr, oui bien sûr, les deux tiers sont convaincus que les gouvernants ne sont pas à la hauteur, et qu’ils mentent. Ce travail fondamental trouve un écho puissant dans une autre enquête qui ne concerne plus que la France (2).
Près des deux tiers des jeunes de 18 à 24 ans jugent « très important » ce que les sondeurs nomment « l’environnement ». Malgré, ou peut-être un peu à cause de cela, 11 % seulement se disent proches d’EELV, le parti officiel. Et n’oublions pas que 87 % des jeunes de France se sont abstenus au premier tour des élections régionales de 2021.
On se gardera bien de prétendre savoir ce qu’il y a dans le cerveau des «jeunes », catégorie au reste inexistante. Mais enfin, un parti vivant, sérieusement écologiste, ne se contenterait pas, en face de telles indications, du programme de Yannick Jadot. Je sais à l’avance que je vais en choquer plus d’un, mais tel n’est pourtant pas mon but. En trente-huit ans d’existence, les Verts n’ont jamais publié un texte important sur la jeunesse. Ni d’ailleurs sur les immigrés. Ni d’ailleurs sur la crise climatique.
Oh ! certes, ils parlent désormais de ce si vaste dérèglement. Et prétendent en faire un combat prioritaire. Mais ils ne l’ont pas fait quand cela aurait été si utile : ni en 1997, quand Dominique Voynet, ministre de Jospin, trônait à la même table qu’un certain Claude Allègre, falsificateur en chef de la crise climatique ; ni en 2012, lorsque Cécile Dufiot était à son tour ministre, de Hollande ; ni depuis.
Ni depuis. Comment osé-je ? Jadot prétend être neuf quand il est déjà si vieux. Pour en arriver là – sur un plan strictement personnel, je le plains -, il aura dû vivre l’enfer d’un parti corrompu jusqu’à la moelle. Au moins sur le plan moral. Prêt, avec un Jean-Vincent Placé à sa tête, aux pires aventures politiciennes. Il n’a rien dit, car il aurait aussitôt été éjecté, puis oublié. Il a donc choisi, car cet homme a une carrière à mener. En ce mois de février, nul besoin d’un commentaire général : l’une des grandes mesures annoncées par EELV, en cas de victoire présidentielle, concerne la voiture électrique. Jadot ne veut plus de bagnoles à pétrole d’ici quelques années. Vite.
C’est infâme au plan des valeurs, car l’on sait tous que cette invention du diable va (est en train de) créer une nouvelle génération d’esclaves dans les mines chinoises ou africaines. C’est aussi le signe que Jadot et ses suites n’entendent pas lutter contre le désastre climatique en cours. Pourquoi? C’est (presque) évident. L’industrie automobile, au coeur des économies, doit absolument se relancer, ou mourir. Les marchés sont saturés, le pétrole pose enfin des questions d’acceptabilité sociale.
Mais construire des millions, des dizaines de millions de véhicules neufs ne peut qu’augmenter les émissions de gaz à effet de serre au moment même où il faudrait les diviser. Par quatre, six ou dix. C’est mécanique, c’est automatique. EELV n’a jamais consacré une minute de son temps si précieux à débattre publiquement d’un sujet pourtant clé. Les élections locales, départementales, régionales, européennes, nationales, cela vous a une autre gueule. Le parti défend donc le pire, en refusant toute mise en cause du modèle de la bagnole individuelle, qui commande pourtant une bonne part de l’avenir.
EELV, vieille enseigne. D’avant la réalité.
Fabrice Nicolino Charlie Hebdo 23/02/2022
- lemonde.fr/climat/article/2021/09/14/climat-les-trois-quarts-des-jeunes-jugent-le-futur-effrayant 6094571_1652612
- institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/une-jeunesse-plurielle-enquete-aupres-des-18-24-ans-rapport.pdf
L’hypocrisie et la bêtise minent sérieusement l’écologie politique. En son temps Voynet avait commandé un étude sur la pollution des véhicules qui montrait que les moteurs à essence dégageaient plus de CO₂ que les diesels. Jamais publiée, car pour les pétroliers, il valait mieux vendre du super que du gazole.
Les particules fines dégagées par le gazole sont dangereuses, mais maîtrisées par les pots catalytiques ce qui au total fait du diesel un carburant moins polluant puisque moins gourmands à puissance égale.
L’hydrogène, véritable carburant propre, qui ne dégage que de l’eau n’intéresse pas les pétroliers pour le moment alors les écolos n’en parlent pas…
On se met au vélo, au tandem (comme aux Pays Bas), au pousse-pousse (comme en Asie), on ressort les diligences ? on développe la circulation fluviale… on redéveloppe et améliore les transports en communs, on rouvre les lignes SNCF fermées… et on motive sérieusement les pétroliers… faut tout leur dire !!