Des extraits de l’article, nous semblant les plus représentatifs, signé de Pauline Graulle, Médiapart, sont « postés » sur ce blog, au titre de l’info plurielle afin que chacune/chacun puisse se faire une idée avant de se rendre dans l’isoloir. MC
Le candidat présenté par le PCF à la présidentielle a réussi à gagner en notoriété […]. Mais, au sein de ses troupes, certains jugent que l’idéal communiste a déserté la campagne.
[…] Le 19 janvier 2022, Fabien Roussel se rendait, entouré d’une petite nuée de caméras, à l’École professionnelle de boucherie de Paris pour parler prix de la viande, commerce de proximité, souveraineté alimentaire, formation professionnelle autour des métiers (porteurs) de la boucherie…
Sous sa blouse de protection en plastique, le candidat à la présidentielle file la métaphore : « Moi, je défends le bifteck des Français ! » Puis de promettre, à la manière d’un Henri IV des temps modernes, que lui, président, « tout le monde pourra manger un bon poulet fermier, du mouton français, et du bœuf herbager ».
[…]
Depuis le lancement de sa campagne, début mai 2021, Fabien Roussel, jusqu’ici inconnu du grand public, ne rate jamais une occasion de faire parler de lui. Son objectif : faire entendre sa voix dans le concert des (multiples) candidatures à gauche.
Sa recette : enfourcher les thématiques mises au centre du jeu politique par un champ médiatique très à droite.
Tout à son obsession de se faire un nom, Fabien Roussel, […] s’emploie […] méthodiquement à prendre à rebrousse-poil une gauche qui, de La France insoumise au PS, s’est « écologisée » sans demander son reste. Sur tous les sujets, ou presque, il réactive le clivage […] entre « gauche bobo » de centre-ville et « gauche prolo » des périphéries […]
Ça donne un candidat qui parle hausse des salaires, pouvoir d’achat et réindustrialisation. Qui veut remettre la France au travail et qualifie de revenu d’« assistance » le revenu universel. Qui s’affiche aux côtés des policiers […] devant l’Assemblée nationale, ou qui surjoue la gauche « républicaine ». Celle qui parle « de classe, pas de race », précisait-il, le 17 janvier, dans une interview à Charlie Hebdo.
Douze jours auparavant, sous la coupole Niemeyer, il avait d’ailleurs rendu hommage aux victimes des attentats perpétrés dans ce même journal, en compagnie de Caroline Fourest, Xavier Gorce et Sophia Aram, réputé-es porter une vision, sinon intolérante, du moins maximaliste, de la laïcité. […]
[…] République, travail, sécurité… Fabien Roussel, pro-nucléaire décomplexé, a aussi une bête noire : les Verts. Cet hiver, il a canardé celles et ceux qui « veulent interdire le Tour de France, les sapins verts, la viande et les centrales nucléaires », et réclamé une baisse du prix de l’essence.
[…]
Fâcher, déplaire, mais toujours « assumer ». […]
Sa gauche à lui est celle du « bon sens ». C’est « la vieille gauche qui tache ! », scandait son directeur de campagne, Ian Brossat, lors du meeting sur la place Stalingrad, au mois de novembre 2021, reprenant une formule de l’écologiste David Cormand dans un habile retournement de stigmate.
Officiellement, il s’agit de proposer une alternative à cette gauche « intellectualisée et embourgeoisée » qui s’est « coupée des classes populaires ». Officieusement, de se distinguer de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, derrière lequel le PCF s’était rangé, au prix de son effacement, lors des deux dernières présidentielles.
Alors, aujourd’hui, il est urgent de marquer sa différence avec l’Insoumis : à Mélenchon le régime quinoa, la créolisation et les éoliennes ; à Roussel la bonne chère, la France des « gilets jaunes » et la défense de l’atome !
Un communiste à la télé
Une campagne en forme de revanche pour les militant-e-s, à qui le député de Saint-Amand-les-Eaux a vendu le retour de la « fierté communiste » pour se faire élire secrétaire national du parti au dernier congrès. Une fonction qu’il n’a jamais occupée avec beaucoup d’entrain, préférant à l’atmosphère byzantine du siège les plateaux télé et sa circonscription du Nord, dans laquelle il retourne chaque fin de semaine, […] .
Dans les rangs communistes, où beaucoup se souviennent avec émotion du temps où Georges Marchais attirait la lumière, « les copains, globalement, sont contents, reconnaît une parlementaire de la maison. […]
Cette fois, Fabien Roussel a décidé de se plier généreusement au jeu de la politique spectacle. Et tant pis si ses faits d’armes, salués par les têtes de pont réactionnaires qui voient en lui le candidat de la gauche « antiwokisme », lui ont valu le sobriquet de « candidat préféré de la droite ».
« Ils n’ont qu’à lire mon programme ! », rétorquait Fabien Roussel, lundi, lors de la présentation de son projet présidentiel à la presse. […] Parmi les 180 propositions rédigées en écriture inclusive […] , on trouve ainsi le revenu garanti de 850 euros pour les étudiant-e-s, la semaine de 32 heures, l’ouverture d’un débat sur la légalisation du cannabis, l’injection de 140 milliards d’euros annuels contre le changement climatique, la mise en place d’un récépissé pour les contrôles d’identité par la police ou le droit de vote des étrangers aux élections locales…
[…]
Un programme bien de gauche, donc.
[…]
Tout le monde, [dans l’organisation de son parti], ne l’entend pas de cette oreille : « […] Le communisme, ce n’est pas dire aux gens ce qu’ils veulent entendre, mais, comme disait Marx, faire passer “la société humaine de la préhistoire à son histoire”. »
Vaste chantier auquel le candidat ne s’est pas encore totalement attelé. En attendant, il a pris soin de mettre en avant quelques totems. À commencer par un nouveau venu dans son équipe de campagne : son copain de 30 ans, Olivier Marchais, qui ressemble à s’y méprendre à son père, Georges Marchais.
Certains trouvent d’ailleurs à Fabien Roussel quelques traits communs avec son illustre prédécesseur : sa faconde, son amour (immodéré) de la « punchline », sa vivacité et sa bonhomie populaire… […]
[…]
« Dans son esprit, Roussel réactive l’imaginaire […] des années 1970-80 du temps de sa grandeur, analyse ainsi l’historien Roger Martelli. Mais cette idée de revenir à une identité perdue est un fantasme. Et l’histoire a montré qu’à s’être trop fixé sur une identité vieillie, le parti a contribué à accélérer son propre déclin. »
Une nostalgie dont Fabien Roussel se défend, quand bien même il veut « revenir à la source, au parti de Thorez et du Front populaire ». L’avenir dira s’il s’est, ou non, trompé de chemin.
Pauline Graulle, Médiapart, Source (Extraits)
Présentation dithyrambique d’un militant qui ne retourne en rien vers le passé, mais qui modernise en passant de la théorie à la pratique, qui ne se laisse pas influencer par l’air du temps, mais pour qui le partage des richesses produites reste un soucis majeur et l’utilisation de celles-ci pour le mieux être du peuple un axe de conduite.
Fini les arrangements avec la gauche bobo, l’effacement des idées du parti, cependant volonté de les livrer au public qui appréciera où se trouve la vraie gauche.
L’idée que ce soit le peuple qui décide et veille à ce que ses décisions soient appliquées sur le terrain gagne les esprits et c’est tant mieux.