Depuis plusieurs années, les banquiers doivent se contenter de taux d’intérêt riquiqui. Et voilà qu’un projet de loi veut offrir aux 7 millions de Français détenteurs d’un crédit immobilier la possibilité de résilier à tout moment leur assurance emprunteur !
Très onéreux pour les assurés, ces contrats, qui couvrent les décès, l’incapacité ou l’invalidité, se révèlent hyperlucratifs pour les compagnies d’assurances.
Heureuse coïncidence : ces dernières, dans l’écrasante majorité des cas (88,5 %), se trouvent être des filiales d’établissements bancaires.
Un marché en circuit fermé qui pèse quelque 7 milliards d’euros… Pas question, pour les argentiers, de lâcher les clés du coffre-fort.
Aubaine de bobos
Depuis 2010, le législateur a tenté à trois reprises de les faire plier. En 2010, la loi Lagarde a autorisé les emprunteurs à sélectionner l’assureur de leur choix au moment de la mise en place de leur crédit immobilier.
En 2014, la loi Hamon a ouvert la possibilité de changer de prestataire au cours de la première année.
En 2018, enfin, l’amendement Bourquin est allé un cran plus loin : le contrat d’assurance peut désormais être revu chaque année, à la date anniversaire. Sauf que, malgré ces petites avancées, le marché est resté figé.
Rapporteure de la proposition de loi « pour un accès plus juste, plus simple et plus transparent au marché de l’assurance emprunteur » présentée à l’Assemblée nationale le 18 novembre, Patricia Lemoine (groupe parlementaire Agir) a voulu donner un coup de pied dans la fourmilière en proposant une résiliation du contrat à tout moment.
Selon la députée de Seine-et-Marne, « chaque foyer emprunteur pourrait économiser 5.000 à 15.000 euros sur l’ensemble de la durée de remboursement du crédit immobilier ».
Soutenu par l’UFC-Que choisir, ce projet fait bondir le dirigeant d’une grande enseigne bancaire : « La concurrence à tout prix, c’est une idée de bobos parisiens qui n’ont aucun sens de la solidarité ! Ces dispositions bénéficieront essentiellement aux courtiers, qui démarcheront les assurés les moins à risque, autrement dit les trentenaires, et laisseront dans le portefeuille des banques des assurés plus âgés. A la fin, il faudra augmenter leurs primes. C’est injuste. » A vous tirer les larmes…
Après la loi Lagarde, les banquiers ont pris la loupe pour dénicher, dans les conditions des contrats concurrents, des dispositions non compatibles (sur telle ou telle pathologie, par exemple). Troublant hasard : le Crédit mutuel vient justement d’annoncer la suppression des questionnaires de santé soumis aux emprunteurs de moins de 62 ans clients depuis au moins sept ans, ce qui réduira automatiquement la surprime qu’ils doivent verser. Cette disposition coûtera à l’établissement 70 millions d’euros par an.
Le coût d’une grosse campagne commerciale…
Odile Benyahia-Kouider – Le Canard Enchainé – 17/11/2021
Ça fait longtemps que la solidarité n’existe plus chez les assureurs.
Il y a 50 ans tout le monde payait la même chose pour un même service.
Maintenant l’âge est une première discrimination, puis la santé.
Il serait si simple d’imposer à chaque assureur un tarif unique pour un même service.
Comme chez l’épicier, le prix pourrait être affiché.
Mais ils préfèrent parler de solidarité tout en ayant des tarifs discriminants.
je suis étonnée que dans leurs réactions les assureurs n’évoquent pas la convention AERAS, dite « droit à l’oubli », pour laquelle le Collectif Inter Associatif Sur la Santé (devenu France Associations)s’est battu, aux côtés des associations de malades.
Cette convention permet sous conditions aux malades guéris d’une pathologie, d’emprunter… Y représentant notre association de retraités, je n’ai pas oublié les batailles pour y arriver. Ca vaut le coût de la lire pour savoir.