Taxer le carbone? Yes we can !

En France, toutes les tentatives récentes d’accroître la fiscalité sur l’énergie se sont cassé les dents sur la misère sociale. Pourtant, la Suède l’a fait, et bien fait. La recette du succès est donc connue. Jadot, y’a plus qu’à, mon gars.

Yannick Jadot, tout comme Sandrine Rousseau, en a fait la pierre angulaire de sa politique économique : accroître le prix de la tonne de carbone, pour la porter à « une centaine d’euros », contre 56 actuellement.

Pourquoi taxer ce pauvre carbone ?

Parce que sa combustion entraîne des émissions de gaz toxiques, comme le dioxyde de carbone, dont l’accumulation dans l’atmosphère depuis des décennies a déjà eu la peau de plusieurs glaciers.

Comment faire pour obliger les entreprises à moins utiliser de charbon, de gaz ou de pétrole ? Très simple : accroître le coût de ces ressources. C’est ce à quoi sert la taxe carbone, introduite dans notre pays en 2014, sous le nom de « contribution climat énergie » au prix dérisoire de 7 euros la tonne, et qui est aujourd’hui de 56 euros. (Au plan européen, il n’existe pas de taxe, mais des « marchés des droits à polluer », sur lesquels la tonne de carbone s’échange actuellement autour de 60 euros).

La France a publié une trajectoire de prix du carbone, qui doit augmenter tous les ans, pour atteindre 100 euros la tonne en 2030. On note donc que Jadot propose la même chose que ce qui est déjà prévu…

Entendons-nous bien : lorsque le coût d’une matière première augmente, ce n’est pas les entreprises que cela pénalise, mais les consommateurs, qui voient le prix de leurs achats augmenter. Mais ceci, d’un strict point de vue économique, est efficace : le prix est en effet le signal premier de toute économie. Augmenter le prix de ce que nous consommons nous conduit à moins consommer.

L’argument est très profond, et très juste : l’État ne fait en réalité que rétablir le « vrai prix », celui que les biens devraient avoir s’ils incluaient, comme ils devraient le faire, le coût présent, mais aussi futur, du dérèglement climatique. On peut en effet considérer que les prix actuellement payés sont trop faibles. Et même beaucoup trop faibles, car notre économie cause des pertes irréversibles : de nombreux sols pollués par les pesticides nécessitent des décennies de jachère pour redevenir fertiles et, pour certains d’entre eux, ne le seront plus jamais.

Comment compenser la destruction à jamais d’espèces d’animaux, de plantes, de paysages, de toutes ces beautés du monde que nous voyons clamser les unes après les autres ? C’est impossible. En économie, comme il faut mettre un chiffre sur tout – ce qui, dans un premier temps, mais dans un premier temps seulement, est plein de sens –, nous affectons un prix infini aux pertes irréversibles.

En toute logique, le carbone devrait avoir un prix infini aujourd’hui. Yannick Jadot dit d’ailleurs lui-même qu’il n’est « pas du tout pour instaurer rapidement une taxe carbone à 250–300 euros. Ce serait trop pénalisant et pour un nombre important de personnes. » Mais c’est ce qu’il faudrait faire, sur le strict plan écologique. Et aussi économique, parce que quand nous n’aurons plus d’eau ni de bouffe, l’activité économique risque de ne pas être florissante.

En fait, si nous étions gouvernés par la raison, la science, la décision à prendre est claire : interdire de brûler du carbone. Le charbon, le gaz et le pétrole devraient « rester sous terre » (keep it in the ground : voir le site du même nom). C’est ce qu’a confirmé le dernier rapport du Groupe d’experts sur le climat (GIEC), dont on trouvera des synthèses courtes, très pédagogiques, ici, avec des graphiques à coller partout !

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Bref, taxer le carbone est nécessaire d’un point de vue écologique, efficace d’un point de vue économique, et tout à fait faisable sur le plan politique. Pour y arriver, il « suffit » de remettre les choses dans le bon ordre : d’abord, l’environnement naturel ; ensuite, la société et enfin, l’économie. […]


Jacques Littauer – Charlie Hebdo Web – Source (extraits)