Le « brun français » est vampirisé !

En cinq ans, Marine Le Pen a tout jeté… les bébés et l’eau des bains…

La sortie de l’euro, qui inquiétait les personnes âgées, le Frexit, qui angoissait les personnes sensées, l’antisémitisme et les saillies homophobes de papa, qui indignaient les personnes civilisées.

[Attention en aucune façon nous nous réjouirons de l’arrivée du plus brun candidat Eric que la brune Marine (si mielleuse fut-elle). Nous le disons clairement, tous deux sont toxiques au même titre, contre la démocratie et en définitive appliqueraient une politique générale du même ordre que Macrounet avec en plus, l’incitation à délations et exactions xénophobes. MC]

À l’issue de ce passage aux encombrants, que lui reste-t-il ?

La « liberté ». Marine Le Pen écrit son nom dans son nouveau programme présidentiel. En v ‘là, une idée originale.

En fait, elle a entendu, cet été, les antivax dans la rue. Ils défilaient aux cris de « liberté ! ». « Si des centaines de milliers de personnes scandent le mot « liberté », c’est qu’il existe un malaise qu’il faut entendre », dit-elle. Elle a donc attrapé le virus.

Merci, les antivax, de lui avoir soufflé ce beau concept.

Attention, Marine Le Pen défend les « libertés, libertés chéries », clin d’oeil à « La Marseillaise », mais surtout les « libertés françaises », précise-t-elle, clin d’oeil à une revue maurassienne de l’après-guerre. On ne se refait pas. La benjamine des filles Le Pen a tout jeté pour se dédiaboliser, mais elle garde les références familiales.

Sa liberté, d’ailleurs, a des allures de camp de rétention pour migrants.

N’est-elle pas d’abord celle de jeter les étrangers dehors, la « liberté de décider qui entre et qui reste chez nous » ? Elle vise aussi à réduire la liberté syndicale en permettant « des candidatures libres aux élections professionnelles ». Sa liberté d’information ressemble à une vaste mainmise des groupes privés amis via la « privatisation de l’audiovisuel public », Bolloré ne sera pas embêté pour tout racheter.

Sa liberté de circulation favorise le lobby automobile contre les « restrictions imposées par les Verts ». Sans oublier la liberté d’être en sécurité, qui passe par l’« éradication des bandes, des mafias, des islamistes ». A la sulfateuse ?

Marine Le Pen s’accorde aussi au passage la liberté d’échapper à la Cour européenne des droits de l’homme, c’est si peu libéral, les droits de l’homme…

Autant dire que son ode à la liberté se résume à celle de tous les populismes : un surcroît de régime autoritaire pour contraindre par la force tous ceux qui ne pensent pas comme elle. Ainsi va la candidate d’extrême droite, désormais affranchie de son parti, qu’elle a confié au jeune Bardella, nouveau venu dans la dynastie familiale.

Marine Le Pen essaie surtout de rester libre par rapport à Eric Zemmour, qui tente de la doubler sur sa droite. « Tout le monde a compris, au RN, qu’elle ne gagnerait jamais », a lancé le plumitif.

Le propos a fait mal.

La concurrence de Zemmour inquiète celle qui a déjà échoué deux fois à la présidentielle. Bardella, son grand remplaçant, a commencé à reprendre la thèse complotiste du « grand remplacement ». Et Fi-fille en personne tend la main aux antivax de son ex-bras droit Philippot. Elle a tout jeté, mais elle récupère à tout-va. Toutes les conneries qui passent sont bonnes à prendre si elles lui redonnent du tonus électoral. C’est beau, la liberté.


Article signé des initiales – J.-M. Th. – Le Canard Enchainé – 15/09/2021